ADNEJ 2009
Textes des participants
Sommaire :
- Arnaud Doglia, Université de Genève : "Construire et déconstruire le passé dans le Japon contemporain :
La constitution des mémoires collectives des atrocités de guerre japonaises (1945-2000)"
- Laïli Dor, INALCO : "Le Débat "la Calligraphie ne fait pas partie des Beaux-Arts""
- Yola Gloagen, EPHE : Thème de recherche : "Introduction et application des idées du mouvement moderne
occidental dans l’architecture résidentielle du Japon des années vingt et trente –
l’architecture d’Antonin Raymond entre 1920 et 1938"
- Noémi Godefroy, INALCO : "Autour de la question de l’île d’Ezo : évolutions du paradigme du Sakoku et des relations avec l’étranger (1730-1825)"
- ICHIKAWA Yoshinori, CRJ-EHESS : « Le Japon en France au premier tiers du XXème siècle
à travers la Société Franco-Japonaise de Paris »
- Yuko Kawato, Université de Washington, Département de Sciences Politiques : Sujet de Thèse: “Imaginer la Sécurité: les Bases Militaires Américaines et les Protestations en Asie”
- Cécile Laly,
Paris IV – Sorbonne
:
"La photographie moderniste japonaise
vue à travers le magazine Kôga"
- Isabelle Marty (INALCO – CEJ – 2e année de doctorat) :
"
Territoires aériens dans les films du réalisateur japonais Miike Takashi 三池崇史 "
- Caterina MAZZA,
Università Ca’ Foscari, Venezia/ Institut National des Langues et Civilisations Orientales, Paris : "
Les enjeux de la réécriture :
Potentialités et limites de la relecture parodique du canon moderne
dans la littérature japonaise contemporaine"
- Nogueira Ramos Martin ( Université Paris VII Denis Diderot LCAO/ Waseda daigaku kyôiku gakuin) : « Le traitement de la question chrétienne à la fin de l'époque d'Edo : enquête du fief de
Shimabara sur les communautés crypto-chrétiennes de quatre villages d'Amakusa (1799-1806) »
- PELOUX Gérald (Université Paris-Diderot) : "L’acte de lecture dans l’œuvre d’Edogawa Ranpo (1894-1965)
Une réflexion sur la littérature policière de l’avant-guerre au Japon"
- YAMANASHI Atsushi(EHESS, Paris) : " La Société des Missions Étrangères de Paris au Japon - Images et réalités"
- Aki Yoshida (INALCO) : "
Spécificité des littératures coréennes en langue japonaise"
- Grégoire SASTRE (Université Paris 7 Denis Diderot) :
" L’asiatisme et la crainte de l’occident : les bases d’une ideologie"
Arnaud Doglia Université de Genève
arnaud.doglia@unige.ch
Construire et déconstruire le passé dans le Japon contemporain :
La constitution des mémoires collectives des atrocités de guerre japonaises (1945-2000)
Je travaille sur l’évolution des mémoires collectives autour des atrocités de guerres japonaises
durant la Seconde Guerre mondiale, et comment le traitement de celles-ci a évolué dans la
société japonaise d’après-guerre.
Nommément, mes recherches se concentrent sur trois problématiques dont l’impact mémoriel
et historique dans le Japon contemporain reste encore à étudier, mais peut clairement être
compris comme central pour l’étude des questions mémorielles nationales : le débat au Japon
sur le massacre de Nankin, la question des unités bactériologiques de l’armée japonaise (731
et autres), ainsi que le problème des femmes de réconfort et les controverses que cela suscite
depuis l'apparition de la question dans l’espace public.
Ces trois thèmes n’ont évidemment
pas été choisis au hasard, mais évoluent selon une certaine logique dans l’histoire
intellectuelle et l’historiographie japonaises d’après-guerre. Leur émergence sur la scène
publique nippone dans des temporalités bien distinctes et leur popularité médiatique
permettent l’analyse d’environ cinq décennies de débats mémoriaux dans l’archipel, générant
ainsi un tableau des questions relatives au souvenir des atrocités de guerre d’une grande
profondeur historiographique.
Dans le cadre des précédentes recherches menées pour mon mémoire de diplôme (DESS), j’ai
déjà effectué une cartographie des différentes prises de position quant au massacre de Nankin,
et tenté de montrer comment la question est perçue au Japon, de la censure opérée par l’état-
major japonais durant l’événement (1937-38), en passant par la reconnaissance tacite des faits
sous l’occupation américaine jusqu’à l’émergence d’une nouvelle histoire nationaliste centrée
sur l’état dans les années 1960. J’ai en particulier voulu accorder une place prépondérante à
l'arrivée dans la sphère publique dès les années 1970 du débat au Japon sur Nankin,
notamment à travers l’étude du Chûgoku no tabi de Honda Katsuichi, ainsi que la création de
mouvements citoyens luttant contre les prises de positions négationnistes et révisionnistes.
Cette recherche exclusivement centrée sur le débat autour du massacre de Nankin m’a permis
de situer l’axe fondateur du débat; la politisation de l’événement à travers son exposition aux
mémoires collectives japonaises.
Les conclusions provisoires de mon travail de DESS sur l’importance du processus mémoriel
m’ont donc amené à élargir ma réflexion aux deux autres débats ayant secoué le paysage
historiographique et médiatique japonais de l’après-guerre (les unités bactériologiques et le
système de prostitution forcée de l’armée japonaise), ces trois sujets étant mis en parallèle par
les historiens de l’archipel de manière extrêmement récurrente. Si les conclusions provisoires
de ce premier travail ne sont pas fondamentalement remises en cause, leur élargissement et
leur mise en perspective permettent de mettre en lumière les points communs et différences
entre les trois sujets d’analyse. En d’autres termes, pourquoi et comment émergent les débats
autour de ces questions dans le Japon d’après-guerre, mais dans des temporalités et des
circonstances différentes.
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Laïli Dor (INALCO)
LE DEBAT « LA CALLIGRAPHIE NE FAIT PAS PARTIE DES BEAUX-ARTS »
Ma recherche de doctorat concerne l'évolution de la calligraphie japonaise entre le début des
années 1880 et la deuxième guerre mondiale, mais je souhaiterais me consacrer, dans le cadre du
présent exposé, à l'un des moments fondateurs de cette période: le débat « La calligraphie ne fait
pas partie des Beaux-Arts » (書は美術ならず) qui opposa, en 1882-83, le tout jeune Okakura Tenshin au peintre Koyama Shôtarô.
Ce débat, dont l'enjeu est de savoir si la calligraphie doit ou non compter au rang des Beaux-
Arts, se présente sous la forme d'une série de six articles publiés dans la revue Arts d'Extrême-
Orient (tôyô gakugei zasshi 東洋学芸雑誌). Au fil des trois premiers articles, publiés dans les
numéros 8, 9 et10 de la revue, Koyama Shôtarô défend l'idée que la calligraphie n'est qu'une
variante élaborée de l'écriture, et ne saurait donc être considérée comme un art. Okakura Tenshin lui
répond ensuite, dans une autre série de trois articles (n°11, 12 et 15), pour tenter de réfuter ses
arguments et démontrer le caractère artistique de la calligraphie.
Il convient, en préambule, de signaler le statut paradoxal de ce texte. Alors même qu'il fait
l'objet d'innombrables allusions de la part de la critique dans le domaine de la calligraphie, il
n'existe pratiquement aucune étude qui lui soit spécifiquement consacrée. Il n'a par ailleurs été
traduit ni en langues occidentales, ni même en japonais moderne.
Mon but premier sera ici d'examiner au plus près l'argumentation développée par les deux
protagonistes concernant le statut artistique de la calligraphie. J'aimerais ensuite évoquer les
conséquences concrètes du débat, notamment sur la place de la calligraphie dans le monde des arts,
avant de poser quelques jalons sur la postérité théorique qu'il a pu connaître.
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Yola Gloaguen
yola.gloaguen@college-de-france.fr ; yola.gloaguen@etu.ephe.sorbonne.fr
Institution : Ecole Pratique des Hautes Etudes, Paris.
Statut : Doctorante, 2ème année ; Membre de l’équipe civilisation japonaise du centre
de recherche sur les civilisations chinoise, japonaise et tibétaine ; UMR 8155 (CNRS /
EPHE / Collège de France / Université Paris Diderot).
Thème de recherche : Introduction et application des idées du mouvement moderne
occidental dans l’architecture résidentielle du Japon des années vingt et trente –
l’architecture d’Antonin Raymond entre 1920 et 1938.
La recherche que j’ai entreprise dans le cadre de ce doctorat porte sur la rencontre entre les idées du mouvement moderne occidental en architecture et les
principes de construction de l’ancienne tradition du Japon. Cette recherche porte sur
la période des années 20 et 30 et se limite au cadre de l’architecture résidentielle. Pour
traiter cette question, j’aborde plus particulièrement le travail de l’architecte tchèque
naturalisé américain Antonin Raymond (1888-1976), qui a exercé à Tokyo à partir de
1920 et ce pendant plus de quarante ans.
Mon intérêt pour le travail de cet architecte est né lors d’un séjour au Japon.
La question principale que j’y ai abordé était celle de l’ « identité architecturale »,
c’est à dire ce qui identifie le lien entre l’architecte et son oeuvre. Ma formation
initiale étant celle d’architecte, l’objet construit est toujours le point de départ du
travail d’observation et d’analyse.
La vie et le parcours professionnel de Raymond, partagés entre l’Europe, les
Etats-Unis et le Japon en font un homme à la croisée des chemins. Son identité
architecturale est donc le fruit d’une rencontre entre des principes de conception de
l’espace et de construction occidentaux et orientaux. Ses débuts en tant qu’architecte
coïncident en outre avec le développement d’un modernisme radical en Europe
amorcé au tournant du siècle.
Le Japon soucieux d’être reconnu au même titre que les grandes puissances
mondiales est confronté à la nécessité de redéfinir les bases de sa culture. Pour se
définir une modernité, il doit par conséquent se définir une « nouvelle » tradition,
identifiable selon les codes de l’occident. Les architectes occidentaux qui se rendent
au Japon vont ainsi contribuer à construire l’image de cette « nouvelle » tradition en
tentant de définir l’essence de l’ « espace japonais », tandis que les japonais puisent
dans la culture classique occidentale pour en définir les codes formels.
L’approche d’Antonin Raymond est très personnelle, caractérisée en premier
lieu par un phénomène d’identification au contexte japonais. Au contact du Japon,
l’architecte développe une série de principes (simplicité, économie, honnêteté, clarté).
Ces principes, opportunément défendus par les pionniers de l’architecture moderne en
occident lui servent de fondement pour créer des espaces à dimension universelle. Cependant, la culture ancestrale du Japon pour la construction en bois et l’usage des
matériaux de proximité le protège des dérives minimalistes en lui donnant l’assurance
de concevoir une architecture profondément ancrée dans son milieux. C’est ainsi que
Raymond opère avec succès la synthèse qui caractérise la première phase de son
travail au Japon (1920 et 1938).
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Noémi Godefroy
Doctorante à l’INALCO sous la direction de François Macé
noemi.godefroy@gmail.com
Autour de la question de l’île d’Ezo : évolutions du paradigme du Sakoku et des relations avec l’étranger (1730-1825)
Les Français ont de nombreuses raisons de s’intéresser à l’île d’Ezo (devenue Hokkaidô en
1869) et à son histoire, car ils en font partie. Avant de disparaître à Vanikoro en 1788, et de
devenir, dit-on, l’objet des dernières pensées de Louis XVI montant sur l’échafaud, La
Pérouse évoque longuement cette région dans ses mémoires. Par ailleurs, moins de cent ans
plus tard, la France, ayant choisi de soutenir le shôgun contre les forces pro-impériales
pendant la Guerre de Boshin, devait en cas de victoire hériter d’Ezo comme colonie.
Finalement, acculés sur l’île avec leurs alliés français, les Japonais fondent la République
d’Ezo, qui durera de décembre 1868 jusqu’à leur reddition, en juin 1869, construisant ainsi
une parenthèse républicaine peu connue dans l’histoire du Japon.
A l’époque de La Pérouse, Ezo et sa région étaient des zones inexplorées. Moins d’un siècle
plus tard, cette marge territoriale est incorporée au territoire japonais. Entre ces deux périodes,
l’île et sa population, sous la gestion du fief de Matsumae, joue un grand rôle dans les débats
internes concernant une possible ouverture du Japon et la protection du territoire japonais
durant la période du Sakoku, ainsi que dans l’avènement d’une identité japonaise propre.
En effet, pour tous ceux qui s’intéressent de près à l’histoire japonaise, et en particulier à cette
période, allant de la fin des années 1610 et jusqu’à la Restauration de Meiji, il est évident que
la fermeture du Japon à l’étranger était toute relative. En vérité, la période du Sakoku fut riche
en contacts avec l’étranger, bien au-delà des relations formelles autorisées par le Bakufu -
commerciales avec la Chine et la Hollande à Nagasaki, diplomatiques et commerciales avec la
Corée à Tsushima, et de suzeraineté avec le Royaume des Ryû-Kyû. Comme l’ont déjà
démontré de nombreux chercheurs japonais et anglo-saxons, le paradigme du Sakoku peut, et
doit, être réévalué.
Une telle remise en question s’impose quand on se penche plus particulièrement sur la
question de l’île d’Ezo. Ici, elle est intrinsèquement liée aux velléités expansionnistes
japonaises, aux contacts répétés avec l’étranger, aux débats qu’ils provoquent chez les lettrés
et les conseillers proches du pouvoir, ainsi que leurs conséquences. Parmi celles-ci, on trouve
l’amorce d’une évolution dans la vision japonaise du monde, d’une vision sino-centrée qui
perdure depuis l’Antiquité vers une vision nippo-centrée, qui se construit à partir des années
1780. Par ailleurs, les rapports de force entre le fief de Matsumae, porteur exclusif du droit de
commerce avec les Ainu, et le Bakufu concernant la gestion d’Ezo nuancent l’autorité
centrale qu’avait celui-ci.
Quelles étaient les relations entre les Japonais et le peuple autochtone des Ainu à Ezo durant
cette période et quelles ont été leurs conséquences ? Quel rôle l’île d’Ezo a-t-elle joué dans les
relations entre le Japon, les puissances européennes et la Russie ? Dans les relations entre le
Bakufu et le fief de Matsumae ? Comment ce territoire est-il intervenu les débats concernant
l’ouverture du Japon à l’étranger et la protection du territoire shogunal, et l’avènement d’une
identité japonaise propre ?
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ICHIKAWA Yoshinori (CRJ-EHESS)
yoshinori.ichikawa@wanadoo.fr
« Le Japon en France au premier tiers du XXème siècle
à travers la Société Franco-Japonaise de Paris »
La Société Franco-Japonaise de Paris (1900-1932 ?), une des plus vieilles
institutions pour les japonisants en France semble mériter d’être étudiée dans sa
longévité et sa taille. Elle a été fondée juste après l’Exposition Universelle de Paris et
son activité s’est terminée au début des années 1930. Pendant ces trois décennies on
compte plus de 1,000 membres de la Société sur la liste.
Alors que le Japon se modernise vite pendant cette période, son image en
France change également : du pays de l’art japonais (japonisme) à une des puissances
mondiales.
Les sommaires du Bulletin de la Société sont reproduits par Patrick
BEILLEVAIRE (1) mais cette société n’a pas encore été un sujet de recherche.
Selon la thèse d’Alfred FIERRO soutenue à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes
en 1983 :
Trois éléments dominent, en définitive, la vie d’une société savante : les
hommes, l’argent, les services qu’elle offre. (2)
Autour de ces trois points, j’envisage une recherche en considérant le Bulletin
de la Société franco-japonaise de Paris comme les sources principales.
En plus, par comparaison avec Japan Society (1891-) de Londres, selon ses
Transactions and proceedings, et des institutions sur les études asiatiques en France
par exemple l’Ecole Française d’Extrême-Orient, étudiée par Pierre SINGARAVELOU (3),
on peut clarifier la particularité de la Société Franco-Japonaise de Paris.
Après la disparition de la Société Franco-Japonaise de Paris, l’Institut des
Etudes japonaises de l’Université de Paris, (siége à la Maison du Japon à la Cité
Internationale Universitaire de Paris), est fondé. La relation de ces deux institutions
doit être étudiée également.
1 -
Patrick BEILLEVAIRE : Le Japon en langue française, Editions Kimé, 1993.
2 -
Alfred FIERRO : La société de géographie 1821-1946, Librairie Droz, 1983, p.241.
3 -
Pierre SINGARAVELOU : L’école française d’extrême-orient ou l’institution des
marges (1898-1956), L’Harmattan, 1999.
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Yuko Kawato (ykawato@u.washington.edu) Université de Washington, Département de Sciences Politiques
Sujet de Thèse: “Imaginer la Sécurité: les Bases Militaires Américaines et les Protestations en Asie”
Les Etats Unis d’Amérique conservent plus de 800 installations militaires dans 39 pays. Les
fonctions principales de ces bases incluent la prévention d’agressions, le combat lors de guerres, le
renforcement des alliances de sécurité et la protection des routes commerciales. Les bases militaires servent
aussi de camps d’entrainement pour maintenir les troupes opérationnelles. Les officiels américains considèrent
les bases militaires comme un élément clé du maintien de la sécurité globale. Les Etats qui accueillent des
bases militaires américaines admettent généralement que la présence Américaine apporte de la sécurité. Ceci
est particulièrement vrai pour les Etats qui acceptent la présence américaine en contrepartie d’un engagement
américain à les défendre d’agressions extérieures.
Alors que les Etats Unis et les pays hôtes envisagent la sécurité avec des bases militaires, de
nombreux citoyens de ces pays hôtes dénoncent la menace que ces bases militaires font peser sur leurs
communautés, leurs régions et leurs pays. Les griefs locaux incluent les incidents se produisant lors
d’exercices militaires, les dégâts environnementaux sur et autour des bases, le comportement criminel de
personnel militaire américain et la juridiction limitée des pays hôtes concernant les suspects américains. Par ailleurs, l’attribution de terrain pour l’usage militaire est quelquefois tendancieuse, tout spécialement quand
elle implique des expropriations sans le consentement des propriétaires. Les résidents locaux se sont aussi
opposés aux bases militaires de peur que celles-ci n’attirent des attaques extérieures, et afin d’exprimer leurs
opposition à la guerre comme moyen de résolution des disputes internationales. C’est pour toutes ces raisons
que de nombreux résidents locaux imaginent la sécurité sans base militaire, ou tout du moins avec des
ajustements significatifs aux règles des bases. En somme, quand les gouvernements et les résidents locaux
imaginent la sécurité, ils ont souvent des opinions contradictoires sur le rôle des bases militaires américaines.
Ces visions contradictoires ont généré des mouvements de protestation dans les Etats accueillant des
bases militaires américaines. Si ces mouvements influencent la politique relative à ces bases, de quelle
manière le font-ils et avec quelles conséquences ? Et quand ils n’y arrivent pas, comment explique-t-on cet
échec ? Ma thèse répond à ces questions en examinant treize cas de protestations, aux Philippines entre 1947
et 1991, à Okinawa au Japon depuis 1950 et en Corée du Sud depuis 2000. À l’ADNEJ, je présenterai un cas
survenu à Okinawa en 1995.
J’utilise la psychologie sociale et la théorie des relations internationales pour analyser l’impact des
arguments normatifs des manifestants sur les décisions d’état pour la politique relative aux bases. Dans le cas
d’Okinawa, un crime haineux perpétré par des soldats américains a déclenché des manifestations. L’opinion
publique a été mobilisée par des arguments normatifs, et les manifestants ont demandé des changements dans
la politique relative aux bases. Bien que les arguments n’aient pas permis de persuader les responsables du
processus de la décision politique, ces importantes manifestations les ont poussés à faire des concessions sur
la politique relative aux bases, et à augmenter les compensations économiques pour les communautés locales.
Ces résultats sont le reflet de l’intérêt des Etats à disperser les protestations et à éviter les changements
fondamentaux dans la politique relative aux bases, afin de maintenir l’efficacité militaire américaine.
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La photographie moderniste japonaise
vue à travers le magazine Kôga
Cécile Laly
Paris IV – Sorbonne
kitshonik@hotmail.com
Choisir le magazine Kôga pour aborder la photographie moderniste
japonaise des années 1930 n’est pas anodin. Lorsque j’ai commencé à
m’intéresser à cette période, au cours de mes lectures je retrouvais
constamment la référence à l’article d’ouverture du premier numéro de Kôga
écrit par Ina Nobuo, Retour à la photographie, mai 1932. Cet article est
aujourd’hui considéré comme le manifeste de la Nouvelle Photographie (shinkô
shashin) et plus largement comme le manifeste de la photographie japonaise
moderniste. Ainsi, comprendre comment cet article a acquis cette importance
m’a amené à réfléchir à la place du magazine Kôga lui-même.
Par ses textes et ses illustrations, Kôga permet d’avoir une approche
relativement complète, même si non-exhaustive, de la photographie moderniste
des années 1930. Fondé juste un an après la révélation qu’a été l’Exposition
itinérante d’art allemand, réédition modifiée de l’exposition de Stuttgart Film und
Foto, Kôga répond au besoin immédiat des photographes japonais d’en savoir
plus sur ce qu’il se fait aussi bien à l’étranger que sur le territoire nippon. L’étude
approfondie du contenu mais aussi des oublies de Kôga permet donc de
comprendre la rupture qui s’opère au début des années 30 sur la scène
photographique japonaise.
Outre le contenu textuel et imagé, Kôga est également intéressant par
l’association judicieuse des ses membres fondateurs qui sont respectivement
Nojima Yasuzô, Nakayama Iwata et Kimura Ihee. Ces trois photographes par
leur orientation personnelle, permettent d’avoir une approche des différentes
tendances qui vont se développer tout au long de la décennie, à savoir la
Nouvelle Photographie (shinkô shashin), la Photographie d’Avant-garde (zen’ei
shashin) et la photographie de reportage (hôdô shashin).
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Isabelle Marty (INALCO – CEJ – 2e année de doctorat)
Adresse email : marty.isa@gmail.com
Territoires aériens dans les films du réalisateur japonais Miike Takashi 三池崇史
« Alors, je vais m’envoler. », Jâ, ore, tobimasu じゃあ、俺、飛びます。 (Miike Takashi,
1982).
Dans le cadre du thème de la marginalité, que l’on peut considérer – quantitativement et
qualitativement – comme majeur dans l’œuvre de Miike, nous avons essayé de déterminer les
unités territoriales liées aux personnages ou aux situations. Les territoires dans l’espace, le
temps ou le langage choisis par le réalisateur comme environnements indissociables de la
marginalité peuvent être répartis en trois groupes : les territoires d’aliénation, les territoires
d’expériences accessibles par le processus de déterritorialisation, et les territoires
transitionnels, vecteurs de ce processus.
Les territoires d’aliénation et d’isolement constituent une part importante de notre étude –
c’est le point de départ de notre recherche – en tant que point de focalisation du réalisateur sur
les problèmes sociaux au Japon : on a pu décrire ainsi le traitement filmique de phénomènes
tels que la dissolution de la cellule familiale, la perte d’identité ou les traumatismes de
l’enfance, l’ijime notamment qui a fait l’objet de deux études dans le cadre du séminaire
« Education, Enfance-s et Société dans le Japon contemporain » dirigé par Christian Galan.
Les territoires d’expériences, définis par le scénario et les personnages, sont les espaces
investis suivant une prise de conscience forcée (Bijitâ Q ビジターQ), induite (Yôkai daisensô
妖怪大戦争), ou construite (Katakurike no Kôfuku カタクリ家の幸福). Ce processus entre
quasi systématiquement en jeu et donne aux personnages l’accès au choix (plus ou moins
limité) de leur reterritorialisation.
Nous aimerions ici nous interroger sur ce que nous avons arbitrairement nommé les territoires
transitionnels. Ils existent tels des interstices d’espoir au sein d’une lourde aliénation ou bien
ils dévastent la réalité pour devenir un véritable axe de déterritorialisation. Les mises en place
filmiques de ces territoires, parallèles à la réalité des personnages, constituent un procédé qui
nous semble important lorsqu’on parle du cinéma de ce réalisateur. Pour illustrer ce propos,
nous avons choisi de focaliser cette présentation sur le territoire aérien. Le ciel, l’espace, le
vol (des oiseaux entre autres) constituent une importante récurrence de cadres de scènes –
mineures ou majeures – réalisées par Miike. Nous avons établi ici un échantillon de ces
scènes afin d’étudier leurs possibles significations au sein de l’œuvre de ce cinéaste.
Titre de thèse : Marginalité et déterritorialisation dans l’œuvre du cinéaste japonais Miike
Takashi 三池崇史
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Caterina MAZZA, caterinamazza@unive.it
Università Ca’ Foscari, Venezia/ Institut National des Langues et Civilisations Orientales, Paris
Les enjeux de la réécriture :
Potentialités et limites de la relecture parodique du canon moderne
dans la littérature japonaise contemporaine
Les perspectives de recherche de cette étude s’organiseront autour d’un axe thématique qui ouvre la
dimension littéraire japonaise contemporaine au débat critique international : l’un des enjeux de notre analyse
sera de comprendre, par la comparaison d’un nombre limité d’œuvres exemplaires, la spécificité de
l’expérience de la réécriture parodique du canon au Japon. Considérée à la fois comme icône négative d’une
littérature destinée à son inévitable exhaustion, ou au contraire comme signe de régénération et conditio sine
qua non d’un renouvellement nécessaire, la parodie a été sans aucun doute un « symptôme » qui s’est
propagé dans la littérature contemporaine relevant des polysystèmes culturels les plus différents.
Dans mon étude, je prendrai en considération notamment les réécritures de Yukiguni e Izu no odoriko de
Kawabata Yasunari, dans les œuvres de Ogino Anna («Watashi no aidokusho », 1991), Shimizu Yoshinori (« Ese
monogatari », 1991), Inoue Hisashi («Kirikirijin », 1981).
1. Définition du champ d’étude : à la recherche d’une pertinence terminologique pour des concepts
équivoques
Dans cette première partie du travail j’aimerais donner un aperçu de l’état de la recherche sur la parodie dans
la littérature contemporaine au Japon : en réfléchissant sur les termes «パロデイー » et «パスティーシュ»,
employés couramment par la critique japonaise et les auteurs mêmes pour définir les textes du corpus choisi,
j’essayerai d’établir le rapport entre cet usage emprunté par le discours critique occidental contemporain
(Hutcheon, Rose, Jameson, Genette…) et les enjeux mis en valeur par ce discours même. Il y a cependant un
autre aspect qui ne pourra pas être négligé : la tradition de récriture parodique propre au Japon, et
notamment à la littérature japonaise de l’époque d’Edo, à laquelle ces auteurs semblent se référer (référence
dont la valeur sera à analyser). Une tradition pour laquelle a été développé, sur le plan critique, une
terminologie autochtone dont la place dans le débat contemporaine méritera une réflexion.
2. La « relation parodique » : analyse du corpus dans sa perspective intertextuelle
Il s’agit dans la partie centrale de l’étude, d’analyser les textes choisis en focalisant l’attention sur les rapports
intertextuels qu’ils entretiennent avec l’œuvre de Kawabata, que j’ai choisi comme représentant privilégié du
canon littéraire japonais moderne : à cet égard, il sera fondamental de justifier ce choix, en proposant tout
d’abord une réflexion sur le processus de canonisation qui est – dans le cas spécifique de Kawabata – à la fois
endogène et exogène.
Il s’agit d’un point absolument non négligeable, car la fortune des traductions de « Yukiguni » ou « Izu no
odoriko » retentie dans les récritures contemporaines de Ogino, Shimizu et Inoue en déclenchant une réflexion
métatextuelle sur les possibilités de la traduction même et du langage plus en général.
3. Valeur (meta)littéraire et réception
Le corpus choisi présente un ensemble assez hétérogène de textes, dont la valeur littéraire pose des
interrogatifs multiples ; de plus, tous les textes choisis montrent, de façon assez évidente, un second degré de
lecture qui déclenche une réflexion métatextuelle. Ce renvoi aux modes de représentation implique une liaison
profonde avec la pratique de lecture.
Il sera important de démontrer, à ce niveau de l’étude, à quel titre et à quel degré les lecteurs sont impliqués
dans cette coopération interprétative, et tout d’abord à quel genre de publique ces textes « parlent ». La
coopération interprétative étant la base du jeu parodique, il s’agit ici de montrer comment ces auteurs ont
manipulés les hypotextes pour rejoindre un public donné, en essayant d’ouvrir la réflexion aux potentialités (à
démontrer…) de ces textes comme véhicules de transmission du canon à la postérité. Une réflexion qui rejoint
celle de la parodie comme « traduction ».
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Nogueira Ramos Martin
Doctorant (2e année)
Université Paris VII Denis Diderot LCAO/ Waseda daigaku kyôiku gakuin
Sujet de thèse :«Le christianisme, religion illicite au Japon (1614-1873) : l'évolution du traitement de la
question chrétienne par les autorités».
Sujet de l'exposé : «Le traitement de la question chrétienne à la fin de l'époque d'Edo : enquête du fief de
Shimabara sur les communautés crypto-chrétiennes de quatre villages d'Amakusa (1799-1806)».
Orientation de mes recherches:
1) Le christianisme au Japon évoque d'abord l'image des martyrs de la première moitié du XVIIe.
L'historiographie chrétienne a longtemps focalisé ses recherches sur la figure des martyrs dans une
perspective autant scientifique que hagiographique. De septembre 2008 à Juin 2009 j'ai mené des recherches
sur l'application concrète du décret d'interdiction du christianisme de 1614 jusqu'au début des années 30. j'ai
utilisé des lettres et des rapports manuscrits de quatre jésuites (Mateus de Couros, Baltasar de Torres,
Giovanni Battista Porro, Cristovão Ferreira) conservés aux archives de l'ordre au Vatican. Cette
documentation est essentiellement en langue portugaise ainsi qu'en espagnol. J'ai essayé de déterminer dans
quel cas des chrétiens pouvaient être passibles de la peine de mort. L'autre objectif de cette recherche était
d'appréhender la question d'un point de vu régional et non pas national. Si l'interdiction s'étend
théoriquement à l'ensemble du Japon, la réaction des autorités à l'échelle régionale varie fortement. J'ai traité
plus particulièrement les cas de Nagasaki (territoire shôgunal) et celui du fief de Shimabara ancien domaine
du seigneur chrétien Arima Harunobu. Ces premières recherches m'ont incité à approfondir la question des
chefs de communautés locales. Jusqu'à présent on estimait que ces derniers avaient d'avantage été la cible de
la répression anti-chrétienne, sans véritablement apporter une réponse statistique à la question. En
confrontant les rapports jésuites et un document jésuite en japonais signé par 755 chefs laïcs originaire d'une
grande partie du territoire, je souhaite apporter une réponse plus précise à cette question.
2) Coupé du clergé à partir des années 1630, en apparence, le christianisme disparaît au fur et à mesure que
l'interdiction se renforce et s'étend à l'ensemble du Japon. Ces chrétiens continuent à pratiquer une certaine
forme de christianisme en partie dans la clandestinité. Dans la deuxième moitié du XVIIe, la répression
s'accentue et à plusieurs occasions de vastes groupes de chrétiens sont arrêtés à Ômura(cas étudié en 2e
année de master d'études japonaises), Okayama et Bungo. Ces affaires sont appelées kuzure (démantèlement)
par les historiens japonais. Mon objectif est de déterminer pour quelle(s) raison(s) des enquêtes religieuses
ont été organisées dans ces fiefs, comment les sanctions infligées au chrétiens évoluent par rapport à la
première phase d'interdiction (1614-1637/38 révolte de Shimabara). Il faudrait situer plus précisément ces
kuzure dans la politique religieuse du Bakufu vis-à-vis des mouvements prohibés (Fujufuse ...).
3) A partir de la fin du XVIIIe à plusieurs reprises des communautés crypto-chrétiennes sont « découvertes »
par les autortiés. Quatre fois à Urakami (act. Préf. Nagasaki) en 1790, 1842, 1856 et 1867, à Amakusa (fin
XVIIIe-1806), à Gotô et à Imamura (act. Préf. Fukuoka) à la fin des années 1860/début Meiji. Actuellement,
C'est l'aspect sur lequel je concentre mes recherches et qui est abordé dans mon exposé à travers le cas
d'Amakusa. Pourquoi à cette époque, après presque 100 années de « calme plat », des enquêtes sont menées
sur ces communautés pour aboutir à des « non-lieux » sauf dans les cas de l'époque Bakumatsu/Meiji où les
kirishitan, ayant repris contact avec le clergé des missions étrangères de Paris, réaffirment officiellement leur
adhésion au Catholicisme ?
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PELOUX Gérald (geraldpeloux@gmail.com)
Université Paris-Diderot
L’acte de lecture dans l’œuvre d’Edogawa Ranpo (1894-1965)
Une réflexion sur la littérature policière de l’avant-guerre au Japon
Il est un fait établi que le roman policier japonais moderne (探偵小説) est né avec les
traductions/adaptations et créations de Kuroiwa Ruikô 黒岩涙香 à la fin des années 1880.
Cependant, c’est à Edogawa Ranpo 江戸川乱歩, que l’on devrait, d’après le discours
couramment entendu dans le milieu éditorial et dans les médias actuels, l’apparition d’un
« véritable » roman policier japonais. Cette affirmation a cela de pratique et rassurant qu’elle
permet de marquer de façon très précise (avril 1923 avec la parution de sa première nouvelle,
La Pièce de deux sens, 『二銭銅貨』) le début de l’histoire de ce genre au Japon. Au-delà de
cette vision peut-être simpliste qui mériterait une analyse plus approfondie, il demeure
néanmoins vrai que Ranpo est un des très rares écrivains de romans policiers d’avant-guerre à
être encore lu par le grand public japonais.
Un roman policier, parmi ses nombreuses caractéristiques, et surtout dans sa facture
classique, implique fortement le lecteur dans sa progression. Souvent de manière ludique, il
l’invite à faire preuve de réflexion pour résoudre l’énigme qui lui est proposée. L’œuvre de
Ranpo, dans ses différentes formes (nouvelles dès 1923, romans longs à partir de la fin des
années vingt et romans pour la jeunesse à partir de 1936), n’échappe pas à cette règle. Il
faudrait cependant plutôt parler de l’omniprésence du lecteur chez Ranpo, tant il est
systématiquement entraîné à participer à l’acte de lecture.
Que ce soit sous la forme d’une pseudo-oralité, parfois envahissante, dans certains
textes avec de nombreux appels au lecteur ou d’une structure narrative tentant de (re)créer, à
l’écrit, le lien entre émetteur (narrateur) et récepteur (narrataire), ou que ce soit à travers la
représentation des techniques de lecture à l’intérieur même du récit, l’œuvre de Ranpo
propose un champs d’études intéressant pour réfléchir à la structure du roman policier
d’avant-guerre.
Après avoir analysé les différentes techniques d’inscription de la lecture et du lecteur
dans le texte, nous développons deux points qui nous paraissent essentiels dans l’œuvre de
Ranpo : le désir d’éduquer le lecteur à la lecture d’un roman policier au moyen d’une forte
intertextualité et la volonté de présenter à ces mêmes lecteurs des « textes-panoramas ». Cette
réflexion nous permettra aussi de considérer la validité des définitions opérant dans les
théories axées sur le roman policier occidental, souvent appliquées telles quelles au Japon.
Notre thèse se voulant avant tout une analyse textuelle, le corpus est délibérément
composé des trois formats utilisés par Ranpo dans ses œuvres d’avant-guerre (nouvelle,
roman long, littérature enfantine), cela pour mieux dégager les points communs et les
différences entre ceux-ci.
D’autre part, nous envisageons l’acte de lecture du point de vue du texte. Ainsi, même
si le lecteur réel est parfois évoqué, notre intérêt se porte avant tout sur le lecteur inscrit dans
le texte, tel que ce dernier le fait apparaître et essaie de le diriger/tromper.
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YAMANASHI Atsushi (EHESS, Paris)
La Société des Missions Étrangères de Paris au Japon - Images et réalités-
La Société des Missions Etrangères de Paris (MEP), fondée à Paris au milieu du XVIIème siècle, est une
congrégation masculine dont le but est de former le clergé local dans les pays de missions. Le premier
missionnaire des MEP au Japon, le Père Théodore-Auguste Forcade, arriva à Naha en 1844. Après la fin
de la persécution des chrétiens dans la région de Nagasaki au début de l’ère Meiji, les missionnaires
catholiques commencèrent la propagation de la foi partout au Japon.
L’époque de ma thèse court de 1873 à 1940, de la fin de la persécution à l’année où les évêques
européens ont démissionné sous la pression du gouvernement japonais. En tant que principale
congrégation catholique d’avant-guerre, les MEP ont contribué à l’établissement de l’Eglise catholique
contemporaine au Japon. On peut diviser cette époque en deux temps au début du XXème siècle : le
premier est l’ère de l’évangélisation monopolistique des MEP, le second, celle de l’évangélisation par
d’autres congrégations de nationalités différentes en même temps que les MEP.
Ma thèse envisage de traiter les MEP sur le thème de l’altérité, c’est-à-dire leurs relations avec les
diplomates, les voyageurs ou les habitants français au Japon, ainsi que les prêtres japonais ou les écrivains
japonais. Alors que l’historiographie ecclésiastique porte principalement sur l’évolution du christianisme
au sein de la société japonaise, mon étude en tant qu’histoire culturelle vise à situer les œuvres des MEP
dans un contexte historique plus grand que celui de l’Eglise catholique.
Dans cet atelier, mon exposé portera sur les MEP du point de vue de la nationalité française. La plupart
des missionnaires des MEP ont cette double caractéristique d’être à la fois catholiques et français. Certains ont enseigné le français aux Japonais, pour mieux entrer en contact avec eux. Les diplomates
français de la Troisième République, en dehors de la querelle entre l’Eglise et les républicains dans leur
propre pays, estimaient que la présence des missionnaires était un excellent média de diffusion de la
culture française.
En raison de la nationalité française des MEP, la situation de l’Eglise catholique au Japon a été
influencée par le sentiment des Japonais envers la France dans la politique de l’Extrême-Orient jusqu’à la
fin de la guerre russo-japonaise. Après le changement de la politique du Saint-Siège au début de XXème
siècle, la propagation de l’Eglise catholique au Japon s’est effectuée par la collaboration de diverses
congrégations de nationalités différentes. Les croyants japonais ont favorablement accueilli ce
changement. Mais l’arrivée de la Société de Jésus et du celle du Verbe divin allemand marquèrent le
début de la diminution de l’influence de la France par les Français selon les diplomates français ou le
Parti colonial français. Certains missionnaires français patriotes exprimaient aussi le sentiment
antiallemand après la guerre 14-18. L’universalisme catholique et la nationalité des missionnaires ont
entretenu des relations complexes au Japon comme dans d’autres pays.
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Aki Yoshida
Deuxième année de doctorat à l’INALCO
Aki.yoshida@wanadoo.fr
Titre de la thèse :
Spécificité des littératures coréennes en langue japonaise.
Ma recherche porte sur les littératures coréennes écrites en langue japonaise que nous pouvons
reformuler comme littératures des immigrées coréens au Japon, ou encore littératures écrites en langue
japonaise par des écrivains coréens immigrés au Japon. Ces littératures, qui sont encore peu connues en
France, posent de nombreuses questions littéraires, et leur appellation même montre leur statut
ambigu. Ainsi, pouvons-nous les appeler « littératures coréennes » ? Pourquoi ne les appellerions-
nous pas « littératures japonaises » tout simplement ? Au Japon, on a tendance à les distinguer
strictement de la littérature japonaise écrite par les écrivains d’origine japonaise, en les appelant
« 在日朝鮮人文学 (la littérature des Coréens du Japon) » ou « 在日文学(la littérature des
immigrants au Japon). Un des objectifs de ce travail est de voir comment, par qui, et pour quelle
intention ce « genre » littéraire a été créé. Ensuite, d’examiner en quoi ces littératures sont
différentes ou censées être différentes d’une littérature dite « Japonaise ».
Ma thèse se présenterait en deux parties. La première consistera à éclaircir le statut de cette
littérature en analysant d’un point de vue historique et social le contexte dans lequel le Zainichi
bungaku ou le Zainichi chôsen jin bungaku a été créé, et en étudiant les débats issus de cette
appellation. Je me propose également de faire le point sur les recherches menées jusqu’à présent
sur ce sujet, afin de dégager les problématiques traitées dans ce domaine ainsi que les prises de
position des chercheurs ou critiques dans ce cadre. La deuxième partie sera consacrée aux
analyses de textes choisis. En examinant les problématiques entrevues au cours de ces premières
recherches, j’essayerai de comprendre plus précisément l’évolution des littératures coréennes en
langue japonaise durant les cinq dernières décennies et de caractériser leurs spécificités
stylistiques et linguistiques. Cela m’amènera également à remettre en question la distinction
systématique entre le Zainichi bungaku ou le Zainichi chôsen jin bungaku et la « littérature japonaise ».
À présent, j’avance dans ma lecture de ces œuvres ainsi que dans celle d’ouvrages théoriques.
J’essayerai cette année de commencer à rédiger la partie historique de ma thèse. Les ouvrages et
les articles portants sur ce sujet existent en grand nombre, principalement en Japonais. Il me
paraît également nécessaire d’examiner les publications de l’époque comme les revues littéraires,
dans lesquelles les intellectuels critiquaient ou encourageaient les auteurs coréens écrivant en
japonais.
La principale difficulté provient de l’accès limité à des nombreux documents en japonais souvent
épuisé, et consultables uniquement en bibliothèque. Je devrais en même temps savoir limiter ma
bibliographie non pas seulement à cause de cette raison pratique mais aussi méthodologique pour
ne pas élargir trop le champ des problématiques visées.
Concernant les analyses des œuvres, je pense travailler sur les œuvres de 金石範, 李良枝 et 玄月
, en me focalisant sur une ou deux de leurs œuvres. Cependant, ce corpus n’est pas encore
définitif et il me faudra encore du temps et de la réflexion pour l’établir définitivement.
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GREGOIRE SASTRE
Université Paris 7 Denis Diderot
L’asiatisme et la crainte de l’occident : les bases d’une ideologie
Introduction
Le sujet de ma thèse et de mes recherches portant sur la contribution des Tairiku
Rônin à l’asiatisme durant la période Meiji, il est primordial d'effectuer un travail de
définition de chacun des termes qui composent mon sujet. L’Asiatisme étant le liant de ma
problématique, l'intérêt que je porte aux Tariku Rônin s’articulant autour de la possibilité
d’un asiatisme pluriel.
Le terme d’asiatisme est porteur d’une forte charge émotionnelle tant il a été défini
comme ayant servi à la légitimation de l’entreprise coloniale japonaise dont la guerre de la
grande Asie et la sphère de co-prospérité furent des conséquences.
Cependant, l’asiatisme ne saurait être réduit au simple état de slogan de
propagande impérialiste où l’histoire l’avait relégué. Ainsi, en 1963, le sinologue Takeuchi
Yoshimi1 publia sous le titre d’「アジア主義」2 un ouvrage mettant en lumière toute la
complexité de l’asiatisme.
Ainsi, comme le fait remarquer Samuel Guex:
«La première constatation de Takeuchi, qui illustrait bien la complexité du problème,
c'était l'absence d’une définition capable de faire l’unanimité.»3
1 1910-1977
2 TAKEUCHI Yoshimi, 竹内好, 現代日本思想大系9 (grandes oeuvres de la pensée japonaise)アジア主
義 ,Ajiashugi (l’ asiatisme), Tokyô, Tsukuma shobô, 筑摩書房, 1963, p12
3 GUEX Samuel, Entre nonchalance et désespoir : Les intellectuels japonais sinologues face à la
guerre (1930-1950), Bern Berlin Bruxelles, P Lang, 2006
Pour Takeuchi Yoshimi, l’asiatisme n'était pas un courant de pensée, ni une
idéologie, mais une «tendance».
«Qu’il s’agisse d’un penseur ou d’un courant de pensée, il est possible, à un
moment donné, de faire la différence entre ce qui se rapporte à l’asiatisme et ce qui ne s’y
rapporte pas. Cependant, tout cela est circonstantiellement changeant, et il ne nous est
pas possible de donner une définition qui dépasse la circonstance. Et si nous ne prenons
pas cela en compte, il nous est impossible de comprendre l’asiatisme. Et je pense que
toute tentative de catégorisation de l’asiatisme ne serait qu’un échec. Ainsi, bien que
l’asiatisme soit polysémique, quel que soit le nombre de définitions que l’on réunisse pour
en faire une classification, il n’est pas possible d’en faire ressortir un concept réellement
fonctionnel. En un sens il s’agit d’un point commun à tous les courants de pensée, mais
qui, dans le cas de l’asiatisme est une caractéristique particulièrement forte.»4
Ce qu’entend Takeuchi c’est que l’asiatisme peut se retrouver tout à la fois au
service du nationalisme japonais et à l’humanisme le plus désintéressé.
Il y a cependant une composante de l’asiatisme sur laquelle sa construction
repose et qui, par conséquent, est commune à tous ses courants. Il s’agit d’un réel moteur
à la fois dans l'émergence et l'évolution des idéaux asiatistes. Cette composante n’est
autre que la réaction à la menace que représentaient les puissances occidentales.
Nous allons, à travers les tentatives de définitions de l’après guerre ainsi que des
discours des différents protagonistes de l’asiatisme japonais, tenter de démontrer que l’un
des dénominateurs communs de leurs reflexion et donc de l’asiatisme était l’opposition à
l’occident.
1/ Les origines de l’asiatisme : la crainte de l’occident
Si l'évolution de l'asiatisme est liée à la restauration Meiji, ses origines sont à
trouver, avant celle-ci, et plus précisément lors de la première guerre de l’opium (1838-
1842). C’est en tout cas la thèse 5 soutenue par Li Ting Jiang:
4 TAKEUCHI Yoshimi, 竹内好, 現代日本思想大系9 (grandes oeuvres de la pensée japonaise)アジア主
義 ,Ajiashugi (l’ asiatisme), Tokyô, Tsukuma shobô, 筑摩書房, 1963, p12
5 李廷江, Li Jiang Ting, アジア主義につい, Ajiashûgi ni tsuite, A propos de l’asiatisme て. Journal of
the institute for Asian Studies(17), (1990).
«L’asiatisme existait déjà après la guerre de l’opium. De plus, au début de la
période Meiji, il a vu son expansionnisme et son esprit d’alliance qui étaient difficilement
séparables s’empiler, empilement qui rendit l’analyse particulièrement difficile.»
Ainsi, en même temps qu’il note les difficultés à définir l’asiatisme, il fait de la
guerre de l’opium un élément clé de sa naissance.
Guerre de l’opium qui se conclura par le traité de Nankin (29 août 1942). Signé
entre la chine et la Grande-Bretagne, la première cédait Hong Kong aux Britanniques en
même temps que des indemnités de guerre et l’ouverture de quatre nouveaux ports au
commerce. Cette guerre et son dénouement furent, pour les Japonais, un choc qui se fit
sentir durablement. En effet, l’incapacité du voisin chinois à se faire respecter par les
nations occidentales et les ingérences de celles-ci dans les affaires internes Chinoises
poussèrent les Japonais à s’interroger.
Interrogations qui portèrent à la fois sur la place de la Chine, ancien centre
civilisateur asiatique, et sur la menace que représentaient les nations occidentales et leur
politique impérialiste. L'incapacité de la Chine à faire face à ce défi ne laissait pas
beaucoup de doutes quant à la capacité du Japon à en faire de même.
Suite à la nouvelle de la défaite de la Chine, nombre de penseurs japonais
commencèrent à s’interroger sur les raisons de cette défaite. Au rang des théories qui
émergeront de ces réflexions, l'inadaptation de la chine au monde moderne et le
désintérêt qu’elle portait aux «barbares» occidentaux lui interdisant de se moderniser en
conséquence, figurent en bonne place.
Cependant, l’analyse de la défaite chinoise par les Japonais ne les fit pas
seulement s’interroger sur la Chine elle-même, mais aussi et surtout sur le danger que
représentaient les politiques coloniales des puissances occidentales. Cette crainte
poussera les Japonais à réfléchir à des moyens pour faire face à cette menace.
S’engage alors au Japon une course à la modernisation à la fois des techniques et
des institutions. Cependant, s’il est indéniable que la menace occidentale fut un moteur
dans la modernisation japonaise, elle fut aussi l’une des bases sur lesquelles se
construisit la solidarité asiatique et donc l’asiatisme. Ainsi, invoquant une unité de culture
et de langage (唇歯輔車論) la Chine et le Japon devaient avoir un destin commun. Selon
Shibukawa Rokuzô6 un lettré du bakufu (天文方) le Japon et la Chine étaient comme les
lèvres et les dents et ils se devaient assistance mutuelle. On retrouvera la même réflexion
chez Shinsaku Takasugi. Après avoir fait en 1862 l'expérience d’une Chine où les
occidentaux y étaient opulents et les Chinois dans la misère, il déclara que pour faire face
à l'Occident, la Chine et le Japon devaient faire cause commune.
Pour Sato Nobuhiro7(1769-1850), un économiste de la deuxième moitié de l'ère
Edo , le danger que représentaient les puissances occidentales posait un problème de
civilisation. Opposant civilisation «asiatique», 東洋 et civilisation occidentale, 西洋, il
appela à une alliance entre pays asiatiques pour faire face à l’occident.
On peut voir deux facettes dans cette réflexion. Une qui voudrait que la Chine soit
toujours la grande nation qui a la capacité de se poser en défenseur de l’Asie et une autre
qui, à l’inverse, voyant le déclin chinois pensait qu’une alliance asiatique pourrait
permettre une mise en commun des forces de chaque pays, principalement le Japon et la
Chine. Notons que si les autres pays asiatiques se trouvaient cités dans les projets
d’alliance asiatique, le centre de celle-ci restait indéniablement la Chine et le Japon.
L'apparition des idées qui fonderont l’asiatisme étaient déjà bien présentes avant la
restauration Meiji. Et leur construction se fait indéniablement en réaction à la menace
occidentale. Cette crainte que l’on trouvait avant la restauration Meiji, on la retrouve après
celle-ci et force est d’avouer qu’elle joue toujours un rôle prépondérant dans la
construction de la pensée asiatiste.
2/Période Meiji : L’idée de la menace occidentale dans le développement de
l’asiatisme.
Ainsi, on retrouve cette même base chez les Tairiku Rônnins. Si Uchida Ryôhei se
rend en Chine pour y soutenir Sun Yat Sen, c'est, certes, pour soumettre la Chine à
l’influence japonaise, mais c'est surtout pour lui permettre de se dégager de l’influence
occidentale. Une fois soumise à l’influence japonaise la construction d’un bloc asiatique
6 渋川六蔵
7 佐藤信淵
autour de celui-ci devait permettre de s’opposer à l’Occident. Ainsi, l'évolution du Japon
vers l'impérialisme découle en partie des mêmes raisons.
Il peut paraître normal que l’opposition à l’occident soit un moteur pour un ultra-
nationaliste comme Uchida Ryôhei, elle l’est sans doute moins pour un Miyazaki Tôten. Il
est à bien des égards, un modèle de ce que peut être «l’asiatisme dans son aspect le plus
pur et le plus désintéressé»8.
Retraçant la vie et les influences de Miyazaki Tôten, il en est une particulièrement
importante, il s’agit de celle de son frère Miyazaki Yazô et de sa vision de l’asiatisme. Pour
celui-ci, il leur fallait aider la Chine à accomplir la révolution qui lui permettrait de recouvrer
sa puissance nationale. Les puissances occidentales étant celles qui l’en avaient spoliée.
Dans la suite du raisonnement de Miyazaki Yazô, la Chine sa puissance retrouvée devait
fédérer l'Asie sous les valeurs asiatiques et ainsi permettre la mise en place d’une paix
mondiale. Dans cette théorie, il n'était nullement question de la sauvegarde du Japon, ni
de sa puissance nationale. Pour Miyazaki Yazô, le Japon était un pays qui lui aussi, le
moment venu devrait se fédérer avec la Chine.
Ainsi, la pensée de l’humaniste qu'était Miyazaki Tôten, se construisait autour de la
libération de la Chine du joug des puissances coloniales pour ensuite permettre une
libération généralisée de l’Asie.
C’est porté par ces idéaux que Miyazaki Tôten viendra en aide à Sun Yat Sen. Sun
Yat Sen qui, par ailleurs, lors de son discours de Kobe de 1924 traitant de l’asiatisme,
lancera à l’assemblée que le Japon devait choisir « entre être le chien de l’occident ou le
défenseur de voie royale de l’Asie» Cette phrase démontre la désillusion de Sun Yat Sen
face à la direction que prenait le Japon, semblable à celle des impérialismes occidentaux.
Direction en opposition avec ses idéaux asiatistes.
Okakura Tenshin9, bien que n’ayant pas été un tairiku rônin, ni un penseur de
l’asiatisme, est connu pour sa phrase «asia is one», écrite dans son ouvrage The ideals of
the east, ouvrage écrit en anglais et publié en Occident. Cette phrase reste célèbre pour
sa valeur de slogan asiatiste.
8 GUEX Samuel, Entre nonchalance et désespoir: Les intellectuels japonais sinologues face à la guerre
(1930-1950), Berne Berlin Bruxelles, P Lang, 2006, p174
9 岡倉天心 (1863-1913)
Cet ouvrage traite de la valeur de l’art asiatique. Par sa phrase «Asia is one»
Okakura Tenshin veut dire que l’Asie et en particulier son art existe et évolue grâce aux
influences et interactions entre les différents pays qui la composent. Aussi, ce que défend
Okakura Tenshin, à travers l’art asiatique, c’est l’identité de l’Asie dont l’art est une des
composantes. Et le fait de publier cet ouvrage en langue occidentale et en Occident
montre qu’il cherchait à démontrer la qualité et l’importance l’art asiatique en même temps
que son identité à cela même qui le menaçait.
Il s’agit ici encore de la crainte de l'hégémonie culturelle occidentale qui est une des
bases de cet ouvrage. Comme elle est celle de l’asiatisme dans son ensemble.
Takeuchi Yoshimi, dans ses écrits, cherche en permanence, non pas à nier
certaines formes de l’asiatisme, mais à prouver au contraire qu’il est fait d’un pluralisme
qui le rend difficile à cerner, rendant ainsi la simple définition qui faisait de l’asiatisme une
forme d'expansionnisme, caduque.
Conclusion
Une définition la plus claire et la plus intelligible possible de l’asiatisme doit
comprendre la crainte de la menace occidentale comme base de sa naissance et de son
évolution. Pour parvenir à démontrer cela, il nous fallait nous intéresser à ses racines
historiques en faisant remonter sa naissance à la guerre de l’opium ainsi qu’à son
évolution à travers l’ère Meij qui l’a vu se développer. Les discours des représentants de
l’asiatisme, qu’il s’agisse des tairiku Rônin ou des intellectuels japonais et chinois sont en
cela d’incontournables témoignages. Si l’asiatisme en tant que courant de pensée fut
particulièrement multiple dans son développement, les éléments qui le fondent et en
particulier le danger que représentait pour les Japonais l’avancée des puissances
coloniales occidentales en Asie, ce que les Japonais appellent le «危機感», se retrouvent
dans tous les discours asiatistes. Qu’ils soient l’expression de l’expansionnisme japonais
ou d’une tentative sincère pour créer un pôle asiatique de démocraties, ils procèdent tous
d’une réaction à cette menace. Comme si l’arrivée des puissances occidentales aux
portes du Japon et la sommation qui est faite à celui-ci d’ouvrir ses portes au commerce
l’avaient poussé à repenser non seulement son modèle de développement, mais aussi sa
place dans le monde. Le Japon de Fukuzawa Yukichi qui désirait «quitter l’Asie» est aussi
le japon de l’asiatisme. Un Japon qui tente de se définir comme une nation ancrée en Asie.
En somme le défi de la « modernité » occidentale questionne profondément le
Japon du 19ème siècle. Ce défi inévitable doit être dépassé et le choix du japon sera de
s’adapter à celui-ci en apprenant du savoir technique occidental ainsi que de ses
institutions. Cependant, si le Japon a su se nourrir de l’Occident, il a dû aussi faire face à
une crise identitaire. L’asiatisme a été une tentative pour répondre à cette crise. Aussi,
nous pouvons nous interroger sur la sincérité des positions asiatistes, furent-elles
seulement dictées par l’urgence du moment ou puisèrent-elles leurs sources dans une
réelle tentative de faire du Japon une nation asiatique ?
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