Nous avons appris que la Fondation Franco-Japonaise, dite Sasakawa (FFJDS), a lancé un procès, pour diffamation, contre Karoline Postel-Vinay, directrice de recherches à Sciences Po, procès consécutif à une pétition qu’elle a relayée en décembre 2008. Cette pétition, signée par plusieurs dizaines d’universitaires spécialistes du Japon et de l’Asie orientale, dont de nombreux membres de la SFEJ, s’adressait au ministère des Affaires Etrangères afin que celui-ci retire son patronage d’un colloque célébrant 150 ans de relations diplomatiques franco-japonaises financé principalement par la FFJDS. Les signataires de la pétition regrettaient que dans le cadre de cette manifestation, le gouvernement français s’associe au nom de Sasakawa Ryôichi, figure bien connue de l’extrême-droite et hautement controversée. Le ministère des Affaires Etrangères, après avoir mené sa propre enquête, avait alors pris la décision de se désolidariser de la manifestation.
La FFJDS a ensuite délibérément choisi de remettre publiquement sa demande d’assignation à Karoline Postel-Vinay en la faisant porter par un huissier de justice durant la tenue d’un colloque à Sciences Po ; un colloque auquel Karoline Postel-Vinay participait, ainsi que de nombreux autres chercheurs, et qui portait précisément sur le thème « Mémoire, écriture de l’histoire et démocratie ». La FFJDS a donc décidé de poursuivre non pas l’ensemble des signataires de la pétition mais une seule personne, en lui réclamant en outre des frais de justice particulièrement élevés.
L’action entreprise par la FFJDS est préoccupante car elle remet en cause le principe fondamental de la liberté académique. Ce principe doit être respecté dans tous les domaines, et notamment celui des études japonaises. Les nombreux écrits sur Sasakawa Ryôichi, explicites sur sa trajectoire ultra-nationaliste, son arrestation comme criminel de guerre de classe A et ses liens avec la pègre, n’ont jusqu’à présent jamais fait l’objet de poursuites judiciaires. Force est donc de constater que la FFJDS cherche à obtenir d’un tribunal français l’interdiction officielle d’évoquer un sujet qui, actuellement, relève du libre débat intellectuel.
Le Conseil de la Société française des études japonaises, sans préjuger du positionnement personnel de chacun des membres de celle-ci, a donc accepté à l’unanimité de diffuser la présente information relative à la situation actuelle de Karolyne Postel-Vinay, situation jugée inacceptable et préoccupante au regard de notre liberté de recherche et d’expression à tous, et tient à assurer cette chercheuse reconnue de son total soutien.
Le conseil de la SFEJ , à l’unanimité.
Février 2010.
En lien,
- la déclaration de soutien de l’Association française de science politique : http://www.afsp.msh-paris.fr
- l'article de Le Nouvel économiste "Le virus de la juridication" http://www.lenouveleconomiste.fr/2010/04/06/le-virus-de-la-judiciarisation