SIXIEME COLLOQUE DE LA SOCIETE FRANÇAISE DES ETUDES JAPONAISES
SESSION ART
18/12/04 9h00 Josef KYBURZ
CNRS
La réponse de Maruyama Ôkyo à Titien
Parmi les nombreuses peintures laissées par Maruyama Ôkyo (1733-1795),
il en est une qui est absolument unique dans son genre et reste à ce
jour une énigme. Il sagit dun dessin à lencre
légèrement colorié qui représente un squelette en
position de méditation assise, lévitant au-dessus dun océan
de vagues. Monté aujourdhui sur rouleau vertical, il est conservé
au Daijô-ji de Kasumi (dép. de Hyôgo), monastère de
lésotérisme Shingon dont Ôkyo et ses collaborateurs,
à plusieurs reprises entre 1787 et 1795, ont assuré la décoration
intérieure.
Singulier ce dessin lest à plus dun titre. Par le sujet dabord
: le squelette humain, dont cest la première représentation
anatomiquement réaliste produite au Japon. Par lattitude ensuite
: le squelette, en position du lotus, est abîmé dans lultime
méditation au moment et en face de la mort, rite particulier du bouddhisme
ésotérique. En fait, tout dans cette image est inédit,
ce qui la rend dautant plus difficile à rattacher à liconographie
ou aux courants de pensée de ce XVIIIe siècle finissant. Cest
seulement lorsquon cerne de plus près la personnalité de
lartiste, surtout dans ses rapports avec la civilisation éuropéenne,
que lon devine la dimension cachée de luvre, que lon
découvre la portée des recherches tant artistiques que scientifiques
et intellectuelles de son génial créateur.
Si lon sait quÔkyo est le grand maître sinon linitiateur
du style réaliste, de la peinture sur le vif (shasei seisha),
il reste à prouver quil ait vu et pu manipuler un squelette articulé
alors que la fabrication en commence à peine dêtre attestée.
Luvre date vraisemblablement des dernières années
de sa vie quand il souffre déjà dune maladie des yeux. Ainsi
le sujet laisse à penser quil lait conçu comme un
memento mori, idée aussi étrange que surprenante pour lépoque.
La lecture comme memento mori repose sur lhypothèse quÔkyo
ait eu loccasion de voir non seulement un squelette fabriqué, mais
également cette célèbre planche ostéologique de
la Fabrica dAndré Vésale (1543) montrant un squelette méditant
que lon croit pouvoir attribuer à Titien. Cette anatomie était
en effet connue des rangakusha contemporains sous la forme dune copie
de format réduit de lEspagnol Juan Valverde. Sil existe réellement
un faisceau dindices qui semble rendre une telle interprétation
plausible, il reste à démontrer quÔkyo fut de ces
grands et rares hommes de son temps capables de lire les images
contenues dans les livres apportés par les Hollandais, de réaliser
quil y avait là une autre conception du monde à luvre,
et même dy distinguer un autre paradigme épistémologique.
Ôkyo aurait alors conçu une réponse de lOrient à
lOccident à propos du mystère de lêtre.
18/12/04 9h35 Philippe DALLAIS
Université de Zurich
Le rôle de limage
Réflexions sur les représentations des Ainu dans les ainu-e et
la photographie
La plus ancienne représentation picturale des Ainu conservée
au Japon à ce jour remonte au XIVe siècle. Mais cest surtout
au XVIIIe siècle que sintensifie la production de cette catégorie
méconnue de lart japonais : les ainu-e. Si leur qualité
est variable, ces peintures et estampes ont longtemps été la seule
source iconographique dévoilant ce peuple mystérieux aux occidentaux.
Parmi ces artistes japonais de laltérité, Byôzan Hirasawa
(1822-1876) a longtemps côtoyé les Ainu à Hokkaidô,
il est celui que lon nomme parfois le dernier peintre des Ainu. Extrêmement
réalistes, ses uvres mettent en évidence une société
ainu autonome, néanmoins en relation étroite avec les Japonais,
offrant une vision idyllique et intemporelle. Son art de la composition et de
la mise en scène surpasse nettement dautres uvres se bornant
à décrire les coutumes des Ainu. Grâce à louverture
du port de Hakodate les peintures de Byôzan prennent le large vers lOccident.
Lapparition progressive de la photographie au Japon et le changement de
politique du Bakufu, puis de ladministration Meiji à légard
de Hokkaidô vont opérer une transformation progressive des représentations
des Ainu devenus entre temps kyûdojin, fonctionnant comme contre-image
du développement. La photographie a permis de multiplier les regards,
puisque les visiteurs étrangers à Hokkaidô vont également
prendre eux-mêmes des clichés qui seront ensuite présentés
aux sociétés savantes.
Une confrontation des ainu-e et de ce double regard photographique, en partie
contemporain, dévoile de nouvelles perspectives sur les conditions de
vie des Ainu et sur les discours dont ils ont été lobjet
ici et là-bas. Pour cette présentation, je compte principalement
mettre en relation les travaux de Byôzan avec une sélection rigoureuse
de photographies prises par des voyageurs occidentaux au XIXe siècle,
mais surtout proposer une analyse en confrontant Byôzan à une série
de photographie de Kinoshita Seizô (village de Shiraoi) récemment
découverte dans une collection privée (1936) à Bâle.
Kinoshita a produit une série de photographies que lon retrouve
dans la littérature anthropologique japonaise et occidentale qui présente
des affinités avec certaines ainu-e sur le plan de la mise en scène
et des thématiques.
18/12/04 10h10 Jutta HAUSSER
Université Ludwig-Maximilians de Munich
Confronté à la différence : le combat avec laraignée
de terre dans le discours politico-culturel
- comparaison iconographique et narrative de deux rouleaux illustrés
du moyen-âge -Le motif du combat de Minamoto Yorimitsu avec laraignée
de terre, depuis son incorporation au Heike monogatari, se rencontre fréquemment,
non seulement dans la tradition narrative, mais aussi dans les différentes
formes de théâtre et dimages. Dans notre communication, nous
allons comparer deux rouleaux illustrés consacrés à ce
thème.
Apparues à trois siècles dintervalle, ces deux uvres
témoignent non seulement de styles artistiques distincts (le Yamato-e
et le style néo-classique des Nara-ehon), mais elles intègrent
aussi le motif du combat dans des structures et des contextes narratifs complètement
différents. Dans le rouleau le plus ancien (14ème siècle),
la représentation de laraignée renvoie principalement à
des imaginaires narratifs et conceptuels contemporains ; dans le rouleau le
plus récent (17ème siècle), linsecte prend une forme
quasi-humaine et se réfère à des traditions mythologiques.
Les deux uvres jouent avec différents topoï narratifs qui
situent laction quelque part entre rêve et réalité
: la maison abandonnée dans la forêt, dune part, le lit de
malade, dautre part. Mais le mode de représentation de laraignée
varie totalement dune uvre à lautre : elle revêt
laspect dun animal proche du véritable insecte dans lun,
tandis que dans lautre, elle apparaît sous une forme humaine avec
plusieurs bras et jambes.
Dans notre communication, nous prendrons en compte le contexte social contemporain
pour montrer comment, dans chaque uvre, le processus de perception et
lattente du lecteur-spectateur sont dirigés et, partant, comment
le combat avec laraignée de terre est instrumentalisé. Dans
chaque cas, nous montrerons que le jeu de linteraction entre le texte
et sa mise en images, qui agissent selon leurs modalités propres, assure
un équilibre entre la possibilité, pour le lecteur-spectateur,
de sidentifier au héros et, au contraire, de prendre ses distances
avec laction racontée : « lautre » et «
le propre » sont définis de manières nouvelles. Nous essayerons
également de retrouver la façon dont ces deux rouleaux ont été
lus et compris au moment de leur réalisation et, ainsi, dexpliquer
la popularité du thème. Ce faisant, nous allons principalement
expliquer pourquoi, pour des raisons socio-politiques, cest le type de
récit véhiculé par le rouleau le plus récent qui
a connu une postérité dans le domaine théâtral et
visuel et qui a survécu dans les discours culturels.
18/12/04 10h45 HIROSE Midori
Université Paris 7
Les recherches sur la pensée orientale effectuées par Imaizumi Yûsaku pendant son séjour au Musée Guimet (1877-1883) et sa théorie du dessin
Imaizumi Yûsaku (1850-1931) est un expert en objets dart de lère
Meiji, qui a travaillé avec Okakura Tenshin et Ernest Fenollosa au sein
du groupe de peintres Ryûchi kai. Cependant, il est peu connu qu'il fut
le premier Japonais à tenter délaborer une théorie
du dessin pendant lère Meiji.
Imaizumi fut l'un des étudiants japonais envoyés en France au
début de l'ère Meiji. Il a séjourné pendant environ
6 ans à Lyon à partir du mois de mai 1877. Trois mois après
son arrivée, il travaille comme expert en art asiatique au Musée
Guimet de Lyon. Il commence également à apprendre le sanscrit,
lécriture égyptienne et lhistoire des objets anciens.
Il publiera durant son séjour en France des communications sur les religions
japonaise et chinoise ainsi que des traductions de textes sanscrits et chinois
en français. Il rentre au Japon en 1883 et crée la même
année, avec Okakura Tenshin, une revue artistique appelée Dainippon
bijutsu shinpô [Nouvelle revue artistique du Japon]. Il publiera de nombreux
articles dans cette revue, et animera les associations d'artistes Kanga kai
et Ryuchi kai avec Okakura Tenshin. Il commence à enseigner la théorie
du dessin dans les écoles des Beaux Arts de Tôkyô en 1889
puis de Kyôto en 1893.
Il publie en 1894 une série darticles intitulée "Zuan
hô josetsu" [Introduction à la théorie du dessin] dans
la revue artistique Kokka.. Il est frappant de remarquer que malgré son
séjour de six ans en France, cette théorie du dessin ne fait pas
du tout référence à lOccident. Elle repose au contraire
sur la science divinatoire chinoise yi king. Après la publication de
ces articles, plusieurs livres sur les principes du dessin ont été
publiés au Japon, mais il s'agissait en général de traductions
de livres occidentaux. Luvre dImaizumi est donc très
originale car elle sintéresse à la structure du dessin et
pas simplement aux motifs ornementaux, alors que les ouvrages consacrés
au dessin publiés au Japon auparavant étaient plutôt des
recueils de motifs. Comme il laffirme lui-même, Imaizumi est sans
doute le premier Japonais à proposer une théorie globale et structurée
du dessin. Lun de ses aspects les plus originaux est quelle se fonde
sur la tradition et la philosophie asiatiques. La nature des travaux quImaizumi
a menés au Musée Guimet, où il a surtout étudié
des textes sanscrits et chinois, permet de comprendre cette orientation.
SESSION SOCIETE
18/12/04 9h00 Fabienne DUTEIL-OGATA
Université Paris 10 / EFEO
Projet de construction d'un cimetière dans un sanctuaire shintô
:
enjeux économiques et symboliques
Les paroissiens du sanctuaire shintô Suwa apprennent le 16 juillet 2001
que des travaux de construction d'un cimetière débuteront le mois
prochain dans leur sanctuaire. Selon le projet, près de la moitié
de l'enceinte du sanctuaire shintô serait consacrée à l'établissement
de tombes. Non avertis par les responsables du sanctuaire shintô, les
paroissiens se mobilisent et créent un "comité de soutien
au sanctuaire Suwa". L'affaire est portée devant la justice, le
jugement final n'a pas encore été rendu à ce jour mais
les travaux de construction du cimetière ont été interrompus.
L'enjeu économique semble la motivation principale des deux parties signataires
du projet, surtout pour le mandataire du cimetière. En effet, pour le
promoteur et actuel locataire du terrain, il peut espérer gagner des
millions de yens par la vente des parcelles tombales. Pour le sanctuaire shintô,
la construction du cimetière pourrait occasionner l'édification
de tombes shintô et par là même l'exécution de funérailles
shintô et de rites funéraires, ce qui créerait également
une nouvelle source de revenu pour le desservant du sanctuaire.
Toutefois, si les enjeux économiques de ce projet sont indéniables,
les enjeux symboliques semblent prépondérants. En effet, les représentations
auxquelles les deux parties se réfèrent pour justifier leur plein
droit relèvent du système symbolique.
18/12/04 9h35 Anne GONON
Université Dôshisha, Kyôto
Des Japonais saisis par la politique
A propos de lassociation « kyotoshichô o erabu shimin no kai»
Cette présentation a pour but dévoquer la genèse
et lévolution de lassociation « kyotoshichô o
erabu shimin no kai», caractéristique dun nouveau type de
mobilisation politique au Japon.
De mai 2003 à mai 2004 a existé une association dont lobjectif
était double : désigner un candidat à lélection
du maire de Kyôto fixée au 8 février 2004, capable de mobiliser
autour de lui les 45% dhabitants de Kyoto abstentionnistes et ensuite
de participer à sa campagne électorale dans le cadre dun
réseau constitué ad hoc.
Lexpérience de cette association est représentative du type
dengagement des Japonais dans la politique tel quon lobserve
depuis quelques années, principalement au niveau de la politique locale.
Cest un engagement qui refuse tout cautionnement apporté par un
parti politique national, et qui revendique lappellation shiminha, mutôha.
Les membres sont issus de toutes les catégories sociales, mais si la
plupart viennent des mouvements écologiques, cest le plus souvent
leur première confrontation avec le monde des élections. On retrouve
dans les pratiques de ces mouvements tous les ingrédients qui font la
politique au niveau national tels la publication dun « manifeste
», mais aussi des aspects plus spécifiques qui visent autant à
faire de la politique autrement quà compenser labsence dexpérience,
notamment la constitution dun réseau entre les mouvements qui sert
à échanger des informations et des personnes.
Le candidat Hirohara Moriaki na pas été élu, et lobjectif
dencourager les gens à se rendre aux urnes na pas été
atteint. En retraçant la genèse et le développement de
cette association à travers les déclarations de ses membres, il
est possible de saisir outre la dynamique à loeuvre dans toute
mobilisation, mais également le regard réflexif (quasi sociologique)
que certains membres ont réussi à porter sur leurs pratiques.
Cette mobilisation témoigne de lexistence dun espace public
tel que le définissent Hannah Arendt et Jugern Habermas.
18/12/04 10h10 Christian GALAN
Université de Toulouse-le Mirail
Le concept de réforme dans lhistoire de léducation
japonaiseLes différents plans de réforme du système éducatif
japonais présentés par le monbukagakushô ces dernières
années sont souvent présentés comme faisant partie de ou
devant aboutir à la troisième (grande) réforme du système
éducatif japonais, daisan no kyôiku kaikaku.
Cest sur ce concept de « troisième réforme »
que nous nous pencherons dans cette communication, et cela à partir dun
triple point de vue : historique, pédagogique et idéologique.
Poser que la réforme en cours est la « troisième »
conduit en effet cela paraît un truisme de le dire ainsi
non seulement à en définir deux autres qui lui seraient antérieures,
mais également à la réinscrire dans la continuité
de ces dernières.
Les deux réformes ainsi définies par défaut sont celle
de 1872 et celle des années 1945-1947. Mais quelle est la pertinence
de ce choix et est-il aussi évident ou justifié quil y paraît
au premier abord ? Pourquoi choisir ces années-là et/ou pourquoi
ne retenir que ces années-là ? Pourquoi ne pas retenir par exemple,
comme années charnières ou années de « réforme
», 1886, 1900 ou 1904, 1933, 1941, ou encore 1958, qui, chacune pour une
raison différente, marquent des évolutions importantes du système
éducatif japonais ?
Nous discuterons donc le fait de savoir si laffirmation selon laquelle
on en serait actuellement à la « troisième réforme
» est historiquement recevable ou bien sil sagit simplement
de marquer les esprits en faisant de la période actuelle une période
aussi importante que les premières années de Meiji ou que celles
de laprès-guerre, des périodes où furent chaque fois
définies les grandes lignes de la politique éducative du Japon
pour le demi-siècle qui allait suivre. Pour cela, un autre concept sera
également introduit et discuté, celui de « rupture ».
Faire, défaire, refaire la ville : les avancées sur la mer
face aux territoires des mégapoles Japonaises
Mots-clefs : aménité, estran, globalisation, Japon, mégapoles,
paysages, projet urbain, terre-pleins, umetatechi, valeurs foncières,
villes nouvelles, waterfront.
Constituant le socle physique des centres des mégapoles japonaises, les
remblais côtiers (umetatechi) sont aujourdhui encore le moyen de
produire de lespace urbain. Ancrés dans une tendance multiséculaire
de colonisation des estrans de larchipel, les terre-pleins côtiers
ont été également le moyen de défaire la ville :
par le remodelage des traits de côtes consacrés quasi systématiquement
aux activités « industrialo-portuaires » et par le surpassement
de lespace urbain et périurbain côtier qui conduit à
la disparition du rivage. Inaccessible ou interdit, celui-ci est refoulé
aux marges de la ville et de lurbanité. Un phénomène
à lapogée lors des dernières années de la
période de haute croissance économique.
Aujourdhui pourtant, les terre-pleins côtiers, à la croisée
de dynamiques conjoncturelles et structurelles ne sont-il pas aussi les lieux
et le moyen de refaire la ville ? En effet, le redéploiement des friches
industrielles, limpulsion foncière et la déréglementation
des années 1980, comme le marasme des années d« après-bulle
» sont autant de facteurs convergents vers une redéfinition de
ces espaces longtemps délaissés.
Le retour de lurbain sur les côtes japonaises pourrait présager
un réinvestissement foncier sur des zones « frigorifiées
» depuis le milieu des années 1990.
La vague de projets qui a touché les côtes de larchipel a
permis une révolution du rôle de ces espaces dans les villes. De
dépotoirs, ils deviennent vitrines ; de la marge une partie du centre
; de zones dactivités en déclin, laire dexpression
du futur de lurbanisme japonais.
Cette transformation est induite par un changement du dessein des investissements
: il ne sagit plus de produire de lacier mais de façonner
une image qui elle-même sera plus tard créatrice de valeurs foncières.
Cette production dimage et de sens se fait au moyen de deux procédés
: la création de paysages et de cadres pour de nouvelles pratiques spatiales.
Le tout se mesurant (pour linstant) à laune de la fréquentation
par le public.
Nous proposons de voir comment, et pourquoi, se met en place une reconquête
de lespace côtier des villes japonaises par lurbain. Celle-ci
est autant le fait des structures dominantes que des habitants qui investissent
les zones de terre-pleins.
Cela nous permettra de montrer également comment le littoral japonais
est plus que jamais un (water) front : face à la mer se pressent les
zones portuaires qui continuent leur développement, les quartiers populaires
de la ville basse qui subsistent, et les aménagements dexcellence
accompagnés par les autorités locales et appropriés par
des populations nouvelles.
18/12/04 11h20 Simon KANER
Sainsbury Institute for the Study of Japanese Arts and Cultures, Norwich
Lappropriation de lidentité préhistorique dans larchipel japonais
Cet article examine les façons diverses dont lancien passé
est en train dêtre approprié pour créer une conscience
historique nouvelle et un sens didentité historique dans larchipel
japonais. Il passe en revue une série détudes de larchéologie
japonaise par une nouvelle génération de spécialistes japonais
et étrangers qui aborde cette tendance. Il la replace dans le contexte
des programmes du gouvernement japonais concernant la « régionalisation
» et « linternalisation », aussi bien que sa politique
de transformation de nombreuses organisations culturelles (y compris les universités,
les instituts de recherche et les organes de financement) en agences. Ce processus
rappelle la création des commissions nommées par le gouvernement
(les « quangos ») dans le Royaume-Uni durant les années quatre-vingt.
Les thèmes de cet article sont illustrés par une série
détudes de cas de lâge paléolithique (c. 30,000
- c. 13,000 av. J.-C.), lâge Jômon (c. 13,000 - c.500 av.
J.-C.) et lâge Yayoi (c. 500 av. J.-C. - c. 300 ap. J.-C.).
Pendant les décennies dernières, des milliers de fouilles archéologiques
ont eu lieu chaque année à travers larchipel japonais. La
grande majorité de ces projets a été financée par
des promoteurs immobiliers désireux de lancer des projets de construction.
Bien que la perspective économique générale au Japon soit
médiocre, les grands projets de développement, notamment la construction
de routes, continuent à produire beaucoup de découvertes archéologiques
importantes.
En addition à ce haut niveau dactivité archéologique,
le Japon a aussi témoigné une croissance importante de lapprovisionnement
de musées du nouveau musée national à Kyûshû,
aux nombreux musées locaux et situés sur site. Le passé
et lexposition du passé sont regardés en partie comme un
moyen pour promouvoir le tourisme régional, et en partie comme une façon
dexprimer lidentité historique à plusieurs niveaux
(local, régional, national). Cette démarche est à la base
dun symposium qui aura lieu en Allemagne à lété
2004 sur lune des découvertes archéologiques les plus spectaculaires
des dernières années. La thématique du symposium est le
grand établissement Jômon à Sannai Maruyama dans la préfecture
dAomori, datant du début et milieu de lâge Jômon
(qui débuta il y a environ 5,500 ans). Il est sans précédent
que cet événement soit sous le patronat du gouvernement préfectoral
dAomori, qui a saisi linitiative de promouvoir lun de leurs
atouts culturels les plus importants. Parallèlement, il y aura une exposition
importante darchéologie sponsorisée pour la première
fois par lAgence des Affaires Culturelles (Bunkacho) et la Japan Foundation.
Certains érudits constatent que les archéologues ont perdu le
contrôle de la diffusion des connaissances archéologiques et de
linterprétation du passé, ce qui rend larchéologie
vulnérable à la manipulation des médias et de la politique.
Ceci est le résultat de la pression subie par les métiers de larchéologie
au Japon à cause de limportance accordée à lachèvement
des projets dans des délais stricts à respecter, et limpossibilité
pour les individus dassimiler les quantités énormes dinformation
générées par les fouilles nombreuses qui ont lieu actuellement
dans larchipel. Larticle étudie cette assertion, et donne
comme argument que la situation est plus complexe que ne suggèrent les
déclarations de préjugés nationaux concernant larchéologie
japonaise.