L’expression de soi dans la poésie bouddhique japonaise du XVe siècle : Ikkyū Sōjun (1394-1481) et le Kyōun-shū

jeudi 20 novembre 2014
par  SFEJ
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Thèse de Doctorat soutenue par

Didier DAVIN

le 8 novembre 2014 à l’EPHE

devant un Jury composé de :

Jean-Noël Robert, Professeur au Collège de France, directeur de thèse
Catherine Despeux, Professeur honoraire des universités à l’INALCO
Jérôme Ducor, Privat-docent à l’université de Lausanne
Frédéric Girard, Directeur d’études à l’EFEO
François Lachaud, Directeur d’études à l’EFEO
François Macé, Professeur des universités à l’INALCO
Daniel Struve, Maître de conférences à l’ Université Paris Diderot Paris 7

Résumé en français

Le Kyōun-shū, recueil de stances et de poèmes du moine Ikkyū Sōjun (1394-1481), se distingue de la masse des nombreuses œuvres similaires que produisirent au Moyen Âge les moines zen de l’école Rinzai par les provocations et les positions très critiques à l’égard des coreligionnaires de celui-ci que l’on y trouve. La grande célébrité d’Ikkyū, ou plus précisément de certaines images de lui, a longtemps conditionné la lecture de ces quatrains. En s’interrogeant sur le sens que prennent ceux-ci une fois replacés dans les divers contextes de leur production, cette thèse propose une présentation des motivations et des enjeux de la pensée d’Ikkyū.
Le xve siècle est une période de bouleversements dans la société japonaise, et en conséquence dans les relations qu’entretenaient les temples et les laïcs. Dans l’histoire de l’école zen, alors que s’amorce le déclin du système des Cinq Montagnes, le Daitoku-ji, auquel est affilié Ikkyū, connait une suite de crises mettant à mal la spécificité dont il s’enorgueillissait. C’est en grande partie contre les évolutions de son école induites par ce contexte que se dresse Ikkyū. Il le fait en adoptant une posture particulière, revendiquant la transgression sous diverses formes, en premier lieu desquelles la composition poétique. Il peut ainsi à la fois avoir un discours polémique très violent et attaquer les moines qu’il considère comme décadents sans avoir à quitter une école dont il se pose en seul et unique héritier. Son enseignement, de plus, jusque dans les points doctrinaux les plus pointus, s’appuie sur cette attitude très critique envers son milieu.

Abstract

The Kyōun-shū, collection of poems and stanzas of the monk Ikkyū Sōjun (1394-1481) differs from the numerous similar works produced during the middle age by others Rinzai Zen monks by the provocations and the very critical position against his religious community that can be found in it. The celebrity of Ikkyū, or more precisely of different images of him, has, for a long time, determined the way the quatrains were read. By questioning their meaning once put in the context of their production, this thesis proposes a presentation of the motivations and the issues of the thought of Ikkyū.
The xvth century is a time of upheaval in the Japanese society, and consequently in the relations between the temples and the lay people. In the zen school history, when the Five Moutains system begins to decline, the Daitoku-ji temple experiences several crisis that undermine the specificity it priced itself. It is mainly against the evolutions of his school induced by this context that raise Ikkyū. He does it by adopting a special posture, claiming several forms of transgressions, at the first place the poetic composition. By doing so, he can, in the same time, have a polemical discourse and attack the monks he considers to be decadents, and not to have to leave a school he claims to be the only legitimate heir. His teaching, moreover, is founded on this attitude even in the very doctrinal points.