Voyage vers un autre Japon. Le département d’Okinawa comme laboratoire du tourisme des étrangers au Japon

lundi 1er juin 2015
par  SFEJ
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Thèse de doctorat soutenue le 7 mai 2015 à l’Université Lyon 3

par Mike Pérez

Laboratoire  : IETT (EA 4186)

Jury composé de :

Philippe Pelletier (Université de Lyon 2),
Mathis Stock (Université de Lausanne),
Isabelle Lefort (Université de Lyon 2),
Yves-Marie Allioux (Université de Toulouse Jean Jaurès),
Jean-Pierre Giraud (Université de Lyon 3, directeur de thèse).

Résumé de la thèse :

Si le Japon est reconnu comme un pays émetteur de touristes internationaux durant la
seconde moitié du XXe siècle, son gouvernement met en oeuvre dès le début du XXIe siècle des politiques visant à inverser cette tendance : l’Archipel veut s’imposer comme une destination touristique majeure au niveau international. L’enjeu que représentent les
touristes étrangers dans les politiques nationales est souligné à travers l’histoire du pays. Un état des lieux sur la situation actuelle du tourisme des étrangers sur le territoire japonais est ensuite proposé sur la base de plusieurs indicateurs, débouchant sur des modèles structuraux. L’espace japonais tel qu’il est pratiqué par les touristes internationaux obéit à une logique d’ordre « multipolaire binucléaire », soit un axe principal suppléé de fronts pionniers. Parmi eux, le département d’Okinawa apparait comme la zone la plus touchée par le phénomène touristique, d’autant plus que la structure spatiale des espaces touristiques dans ce petit archipel reproduit le système observé à l’échelle nationale, justifiant de focaliser l’analyse sur cette collectivité territoriale. Pour évaluer la pertinence du tourisme international à Okinawa, l’approche adoptée repose sur une analyse cartographique et des travaux de terrain. Centrés sur le chef-lieu d’Okinawa, la ville de Naha, ces travaux regroupent des enquêtes d’opinion à propos des touristes étrangers menées auprès des commerçants, des entretiens avec des fonctionnaires et des entreprises, mais aussi des relevés relatifs à l’affichage des langues étrangères dans les boutiques.
Les résultats de ces travaux sont ensuite décomposés en quatre catégories : l’impact
économique, les rapports sociaux, les représentations symboliques et les échanges culturels. Des disparités émergent au sein de la ville, ainsi qu’un manque d’adaptation de la part des locaux vis-à-vis de la clientèle étrangère, notamment en matière de communication.
L’appareil touristique local est conçu pour répondre à une clientèle domestique et, en ce
sens, la croissance des arrivées de voyageurs étrangers s’accompagne d’une série de
problèmes. Néanmoins, une « proximité culturelle » s’établit à l’égard de certaines
nationalités de touristes. En parallèle, non seulement une hiérarchie des attraits culturels se dessinent mais aussi l’ensemble du système de représentation touristique se complexifie lorsqu’il est appréhendé à travers le spectre des touristes internationaux.
Le champ d’observation prend ensuite du recul afin de recontextualiser cet état des lieux dans la perspective des politiques nationales. Ces dernières ont gagné en cohésion au fur et à mesure qu’émerge au Japon une volonté décentralisatrice. Aujourd’hui, le tourisme relève en grande partie de la responsabilité des collectivités territoriales, vis-à-vis desquelles Okinawa fait figure de précurseur, sinon de pilote. En outre, la gestion publique du tourisme est largement inscrite dans une tendance libérale, marquée par des privatisations et un rapprochement entre acteurs publics et privés.
Appréhendées du point de vue international, les politiques nationales cherchent à répondre à une série d’enjeux. Le tourisme international apparait comme une solution pour résoudre en partie des problèmes internes (baisse démographique, contraction future de la demande intérieure, dynamisme socioéconomique des espaces en déclin), de même qu’il doit amener, du point de vue culturel, une meilleure compétitivité du pays en termes de rayonnement (en particulier par rapport aux autres pays asiatiques), ainsi qu’une « ouverture » identitaire.
Sur l’ensemble des ces aspects, le département d’Okinawa se révèle être un élément majeur, dans la mesure où il sert d’espace d’expérimentations dont les réussites sont reproduites sur d’autres espaces du territoire national. De plus, il remplit une fonction complémentaire, particulièrement en matière de gestion, de représentation symbolique, voire de transculturalité.
En somme, cette thèse emprunte essentiellement à la géographie du tourisme, usant de concepts tels que la touristification, l’attrait et l’attractivité culturelle. Elle propose une
étude inédite du territoire japonais perçu en tant qu’espace du tourisme international, de
même qu’elle intègre dans cette analyse la question du rapport à l’Autre, de l’interaction
entre trois échelles (locale, nationale, transnationale). Surtout, elle met en lumière de
nouveaux éléments de connaissance sur Okinawa, ce Japon « autre » qui révèle certaines réalités de l’Archipel.

Mots-clés :

Tourisme, Japon, Okinawa, Asie Orientale, Relations internationales, Mondialisation, Identité territoriale, Culture, Economie.

Title :

Travel to another Japan : The Okinawa Prefecture as a Laboratory for Inbound Tourism Policies in Japan.

Dissertations summary :
Even though Japan is considered as a providing zone for international tourists during the second half of the twentieth century, since the early twenty-first century its government has been setting up policies aiming to reverse this trend. Japan wants to brand itself as an important tourist destination in the world. Inbound tourism is emphasized in Japanese history as an important stake in its national policies. The analysis on the current situation of inbound tourism in Japan is then proposed by a series of indicators, leading to structural models. In doing so, the Japanese territory “consumed” by foreign tourists is organized through a space trend called “multipolar binuclear”, including a main axis followed by pioneer fronts. Among these, the last category revealed that Okinawa Prefecture was most affected by tourism. Okinawa’s structure of its tourist space could be used to represent a national model, justifying a deeper analysis of this small archipelago.
In order to evaluate the relevance of inbound tourism in Okinawa, the proposed approach is based on map analysis and fieldworks. This was centered around Okinawa’s capital, Naha city. These fieldworks gathered surveys from shopkeepers about foreign tourists, interviews with the public and private actors and samples concerning the visibility of foreign languages in local shops.
The results are divided in four categories : economic impact, social relations, symbolic representations and cultural exchanges. Disparities are revealed among the citizens, but also a lack of adaptation to foreign customer service, particularly in terms of communication. Local tourism production is still targeting toward Japanese customers, which is why the growth of foreign tourists arrivals is accompanied with a range of issues. However, a “cultural proximity” is felt towards two kind of foreign tourists, according to their nationality. Also, a hierarchy is drawn about the inner “cultural appeal elements”. While the entire system of tourist symbols is becoming more complex, it is observed through the prism of inbound tourism.
The scope of observation is then widened in order to recontextualize these elements within the processes of national policies. Tourism related policies became gradually a coherent whole as the decentralization measures have developed in Japan. Nowadays, tourism is mainly handled by local governments, among whom Okinawa Prefecture is appearing as a precursor, as a guide. Besides, public administration of tourism is obviously involving in a liberal trend, leading to privatizations and hindered relations between public and private actors.
Indeed, national policies are aiming to promote inbound tourism as a response to certain issues. The growth of foreign tourist arrivals is conceived as a solution to internal problems (demographic slump, upcoming contraction of the national demand, socioeconomic revitalization of declining areas). It also must lead to evolutions in terms of culture, meaning a reinforced influence worldwide (particularly towards Asian countries) and an identity-related “openness”.
Concerning all these aspects, Okinawa Prefecture provides an important function as an experimental area. Each of its success are being reproduced in other parts of Japan. Furthermore, Okinawa is playing a complementary role, influencing and guiding national models in terms of public management, in symbolic representation, or even in terms of transculturality.
In other words, this dissertation borrows some tools to the French geography of tourism, using concepts such as touristification, appealing elements and cultural attractiveness. It provides an unique analysis of the Japanese territory seen as an international tourism destination, including thoughts about the relation with the “Other” in Japan, about interactions between three scales (local, national, transnational). Above all, the thesis enlightens on a new kind of knowledge concerning Okinawa, this distinctive piece of Japan , which reveals unexpected realities of the nation.

Keywords :
Tourism, Japan, Okinawa, Eastern Asia, International Relations, Globalization, Local identities, Culture, Economy.