JAPARCHI

dimanche 12 juillet 2015
par  SFEJ
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Réseau scientifique thématique des chercheurs francophones sur l’architecture, la ville et le paysage japonais

Le Réseau

On trouvera un rapide aperçu du réseau sur son site :
www.japarchi.archi.fr/

Le projet scientifique d’origine, qui a été soutenu par le CNRS et la JSPS, par le Ministère de la Culture et de la Communication, par l’Agence Nationale de la Recherche enfin, s’attache a révéler et cerner les dispositifs et notions centraux de l’architecture et du paysage urbain qui forment les fondements de la spatialité et de sa temporalité au Japon. Le dépassement de l’inintelligibilité initiale —à laquelle s’arrête souvent le comparatisme— est le défi que le Réseau a voulu relever. C’est pourquoi la recherche a été opérée en coopération directe entre les deux cultures française et japonaise. Le but est de dépasser les analyses comparatistes classiques, en termes de dissemblances ou d’inversions (avec Louis Froís au XVIe siècle et Chamberlain au XIXe), pour reconnaître chaque spatialité comme une actualisation singulière et un système propre, éventuellement dans un rapport de « symétrie » entre spatialités spécifiques, qui « les unit en les opposant » (pour reprendre le mot de Claude Lévi-Strauss au XXe siècle).
Les deux pays que sont le Japon et la France et leurs cultures spatiales représentent l’un pour l’autre une source majeure d’inspiration et d’interrogation, pour la théorie comme pour la pratique architecturale et urbaine (Berque 1982-2004, Nussaume 2004, Coaldrake 1996). Derrière un vocabulaire et des notions apparemment communes au premier abord (mais aussi parfois totalement étrangers), se dissimulent des systèmes de pensée et de pratiques fortement différents. Les modes de penser l’espace, les concepts qui supportent cette pensée de l’architecture et de la ville, la pratique de l’architecture selon les époques dans les deux pays, sont si distants, mal connus et parfois si opaques pour l’autre culture, que nous assistons à une multiplication de quiproquos, à une sorte de piétinement dans les échanges et les confrontations scientifiques. On passera sous silence l’exploitation ou la revendication de l’opacité, qu’on a malheureusement pu constater parfois (ce qui fut la posture dommageable de l’exposition « MA 間 » des années 70 au musée des arts décoratifs à Paris), croyant combler une soif d’exotisme sublimé.
L’objectif du réseau fut de donner des outils qui permettent de penser la spatialité contemporaine du japon, en la resituant dans la continuité d’une culture : non pas seulement de la décrire dans la fascination de la nouveauté ou des formes labiles de l’urbanité à la mode, et non plus de publier un ouvrage d’histoire comme il en existe déjà suffisamment. On doit en particulier prêter attention à un équilibre entre des notions "qui font problème" et les notions "du quotidien", du banal, qui font évidence, les notions de la spatialité ordinaire, que ce soient les équipements du quotidien ou de la ville, domestique ou citadin, jusque dans leur banalité.
Il ne s’agit pas seulement de traiter de la morphologie des dispositifs et des objets concrets qui structurent et marquent les espaces habités —architecture, ville et paysage— mais de l’idéel qui est à la racine, et que l’on s’est formé de ces objets en tant que phénomènes culturels, qui a présidé à leur création, qui rend compte enfin de la création spatiale, architecturale et urbaine actuelle. Leur compréhension réelle nécessite une observation fine, directe et objective, et surtout de les replacer comme éléments d’une spatialité globale, complexe, évolutive et qui fait système.

Le projet s’est inscrit aussi dans cette lignée des relations entre la France et le Japon, dans le domaine de l’architecture et de l’urbanisme, à sa pointe pourrait-on dire, puisque le réseau de chercheurs et d’experts que nous avons créé réunit la plupart des auteurs des travaux qui ont jalonné ces relations. En France notamment, des initiatives croisées, marquantes, ont donné lieu à des publications importantes, telles que les deux volumes dirigés par A.Berque « Urbanité française, urbanité nippone », ou celui du PIR Villes sous la direction de Michèle Ansidei : La recherche sur la ville au Japon, 1995. Le colloque franco-japonais « Regards croisés sur l’architecture et la ville », en 2000.
Plus récemment, des colloques franco-japonais de grande envergure à l’ENSAPLV (dir. R. Ôhashi), à Tôkyô et Kyôto, « Tisser la culture – construire la culture » en 2003 , et le colloque « Savants et bâtisseurs » à Kyôto en 2006 sous la direction de M. NISHIDA et CLUZEL, ont élargi les recherches sur les rapports entre patrimoine et architecture en France et au Japon. Enfin, l’ouvrage La ville insoutenable (dir. A. BERQUE, Ph. BONNIN, C. Ghorra-Gobin, 2006) a élargi la confrontation aux Etats-Unis, tandis qu’un monumental Atlas historique de Kyôto (dir. Nicolas FIEVE, CNRS) — qui réunit des contributions de chercheurs français et japonais (dont un bon nombre font partie du réseau JAPARCHI) est paru aux éditions de l’UNESCO. Un symposium organisé par nos soins en 2008 à Kyôto a fait le point sur les recherches en cours menées « en regards croisés ». Enfin le colloque que nous avons organisé à Kyôto, au Nichibunken, en mai 2012, a constitué la préfiguration et la préparation de l’ouvrage. La plupart des initiateurs de ces manifestations et ouvrages collectifs sont partie-prenante du projet de publication, membres du réseau JAPARCHI ou sollicités à titre d’experts.

Il n’existait pas d’instrument à l’heure actuelle qui réponde, de manière synthétique ou approchée, à notre questionnement.
La mobilisation de notre réseau de chercheurs au sein de JAPARCHI a permis de choisir les « entrées » de l’ouvrage. C’est-à-dire des termes, indiqués dans les trois écritures : romaji / Kanjis / équivalent simple en français, présentés par ordre alphabétique, termes dont la pertinence pour décrire et comprendre la spatialité japonaise a été reconnue au sein de nos nombreux ateliers et de nos nombreuses discussions.
Les dispositifs qu’ils désignent ont en général une longue durée d’existence historique, et une actualité que nous nous attachons à décrire.

L’ouvrage comporte :
• un index par champs thématiques (avec Kanjis)
• un index général de tous les termes japonais par ordre alphabétique (avec Kanjis) (les termes japonais en romaji et en italiques), les termes de langue française (en écriture romane droite).
• un index onomastique (avec Kanjis)
• un index toponymique et de noms de bâtiments (avec Kanjis)
• une bibliographie générale des ouvrages et traductions en langues occidentales principalement, mais également des dictionnaires et encyclopédies japonais ou des ouvrages japonais dont il n’existe pas de traduction ou d’équivalent en langue française.

• un système de renvois par simples astérisques, dans le corps du texte, qui relie les rubriques entre elles, et montre comment ces notions font système.

• Des notices bio-biblio, regroupées, présentent les 64 auteurs.

• L’ouvrage est précédé d’une introduction qui explicite l’objectif, la problématique scientifique, les concepts utilisés (« dispositifs et notions », « spatialité », « vocabulaire », etc), le choix de la forme, le processus d’élaboration, les attentes et les espoirs.

Enfin, il faut signaler que le Professeur Augustin Berque, grand spécialiste du domaine, distingué par de nombreux prix japonais pour ses travaux sur l’Asie en général et l’espace japonais en particulier, a accepté de donner une préface à l’ouvrage (auquel il participe d’ailleurs).

Le compte-rendu et les réflexions consécutifs au colloque de DÉC 2008 ont été publiés au sein de la revue 建築と社会 kenchiku to shakai :

Tenu à Kyôto, à l’université Kogeisen-i daigaku KIT (Kyoto Institute of Technology), le colloque intitulé « Dispositifs et Notions : croisement des spatialités et temporalités françaises et japonaises », avait permis d’écouter 16 interventions, pour moitié françaises et pour moitié japonaises, dans les deux langues, données par des professeurs, chercheurs de nombreuses universités des deux pays . Les thématiques, très diverses, s’intéressaient à l’espace habité aux différentes échelles de la maison, du quartier, de la ville, du territoire, du jardin et du paysage, elles-mêmes traversées par la question du temps qui les sous-tend continuellement. Les participants autant que l’auditoire semble y avoir trouvé satisfaction grâce à des communications de haut niveau, parfois inventives ou provocantes, voire inattendues. Le plus étonnant est certainement la compétence atteinte par les chercheurs de chaque pays sur la question étudiée dans l’autre : on est loin de la caricature, et la transmission-traduction de connaissances plus fines semble possible aujourd’hui.
En réalité, ces rencontres étaient bien plus qu’un colloque. Elles représentaient la première manifestation scientifique internationale du réseau de chercheurs et d’architectes JAPARCHI, qui avait commencé de se constituer alors.
On peut pour cela remonter à l’année 1978, à l’époque où les plus âgés d’entre nous étaient encore jeunes chercheurs et jeunes architectes. Cette année-là fut ouverte à Paris l’exposition « MA : Espace et temps au Japon » , qui a grandement marqué les esprits. Mais, en lieu et place de faire connaître la culture japonaise par les explicitations adéquates, l’exposition prenait à dessein le parti d’opacifier et de rendre mystérieux des images et installations porteuses d’une grande beauté plastique, afin de frapper les esprits et de leur montrer toute la difficulté à approcher la spécificité de l’espace de l’autre. L’esprit d’un chercheur ne pouvait se satisfaire de cette « fin de non-recevoir » devant l’intérêt et la curiosité de l’autre culture. Même l’intuition d’un architecte ne peut se contenter de la simple apparence visuelle. On ne peut se satisfaire de ce postulat d’imperméabilité des cultures, d’étrangeté radicale et absolue derrière laquelle certains s’abritent pour se protéger de toute remise en question. Certes, l’accès à une autre « culture spatiale » (une spatialité) n’est pas immédiat et nécessite un apprentissage important, un investissement assez lourd, c’est un fait.
Aussi bien les efforts et échanges entre les deux pays en matière d’architecture, de géographie, d’anthropologie de l’espace, etc… avaient commencé de se développer et commençaient de porter les premiers fruits. Depuis cette époque précisément, se sont développées les relations entre nos 2 pays en matière d’architecture.
C’est tout d’abord l’échange annuel de jeunes architectes organisé depuis 40 ans entre l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris d’un côté, et l’université de Kyôto de l’autre, qui s’est aujourd’hui démultiplié entre plusieurs écoles françaises et plusieurs universités japonaises. Certains des bénéficiaires de ces bourses d’échange ont poursuivi leurs études en doctorat et se sont spécialisés sur les études japonaises/françaises, en regard de leur propre culture d’origine.
Déjà Jacques Pezeu-Massabuau (La maison japonaise et la neige, 1966 ; La maison japonaise, 1981, etc…), et Augustin Berque (Trois approches de la spatialité japonaise, 1977 ; Vivre l’espace au Japon, 1982, etc…), deux géographes, avaient offert de manière magistrale aux chercheurs français la possibilité de découvrir l’habitat et l’espace japonais.
A. Berque, lorsqu’il était directeur de la MFJ (Maison Franco-Japonaise) de Tôkyô (alors située à Ochanomizu, dans le beau bâtiment de Sakakura Junzo malheureusement détruit aujourd’hui), avait également réalisé une rencontre et une double publication entre architectes et chercheurs des deux bords (La qualité de la ville, 1987 ; La maîtrise de la ville, 1994).
Aujourd’hui, d’assez nombreuses publications, articles, ouvrages, thèses (dont certains des auteurs ont participé à ce colloque) sont venus enrichir cette meilleure connaissance, non seulement en architecture proprement dite, mais dans tous les autres domaines des sciences de l’homme et de la société qui concourent à la compréhension de la vie des hommes et des sociétés dans l’espace.
Pendant ce temps, il en était de même du côté japonais, sans pour autant que les situations soient strictement symétriques : un siècle après Meiji, l’Occident était sans doute plus ignorant de la réalité de l’architecture et de la ville japonaises, tandis que de nombreux auteurs japonais se sont attachés à connaître et comprendre l’architecture occidentale, avant même la modernité et la participation de Junzo Sakakura à l’atelier de Le Corbusier, et surtout au-delà de la copie éclectique formelle qui avait été celle d’un Josiah Conder. Antonin Raymond par exemple avait tissé des liens plus profonds.

Aujourd’hui, les travaux et les compétences sont devenus plus importants, mais dispersés, et parfois introuvables par les jeunes chercheurs qui entament leur quête, pour des raisons pratiques (publications épuisées, revues rares, etc.) ou parfois institutionnelles (écoles ou universités concurrentes plutôt que coopérantes). Le temps était donc venu de donner forme à un réseau de relations et de coopérations pourtant bien réelles, qui s’est constitué et tissé au gré des interconnaissances, des rencontres interpersonnelles, des voyages et collaborations.

Si le réseau JAPARCHI s’était à l’origine formé pour réunir les compétences existantes, en France, en Europe et au Japon (entre autres objectifs), autour du projet du « Vocabulaire », le processus d’élaboration et le travail éditorial de celui-ci, les nombreuses réunions, conférences, journées, symposiums, colloques auquel il a donné lieu entre-temps, le travail conjoint d’écriture, d’élaboration, de discussion et de correction, de validation des textes, etc… ont tissé des liens et constitué un groupe qui a mieux pris conscience de sa compétence collective.
Particulièrement pour les jeunes chercheurs, il est désormais un lieu d’intégration nécessaire et recherché : auparavant, les chercheurs compétents étaient totalement dispersés, parfois introuvables. Désormais, le réseau reçoit régulièrement des demandes d’affiliation et de collaboration.

La réalisation du projet du « vocabulaire », menée à terme avec le succès que l’on sait (l’ouvrage était épuisé dès la première semaine de mise sur le marché, et a dû être réimprimé immédiatement ; une cinquième réimpression semble se profiler), a produit également une forte réflexion sur l’organisation possible d’un tel réseau, et sur le type de projet à moyen ou long terme qui peut être conduit en commun, au-delà des actions ponctuelles ou à court terme.

Nous pensons qu’il faut reprendre cette idée, l’élargir et l’adapter aux possibilités des réseaux de communication contemporains, tout en maintenant l’exigence scientifique, dans une généralisation du travail dont nous avons démontré la faisabilité, l’intérêt, l’accueil impatient par un large public et par les jeunes chercheurs. Il s’agira de ne pas traiter seulement de NOTIONS et DISPOSITIFS comme nous l’avons fait (et qu’une bonne cinquantaine de notices supplémentaires pourraient avantageusement compléter), mais d’ouvrir d’autres champs sur lesquels nous savons par avance que les compétences sont déjà réunies au sein du réseau JAPARCHI, et qui couvriraient non seulement la théorie de la spatialité mais l’ensemble des domaines de connaissance, de pratique et de production de l’espace au Japon :

- Les architectes japonais ou travaillant au Japon, autrefois comme aujourd’hui
- Les courants de l’architecture japonaise
- Les textes théoriques sur l’architecture japonaise
- Les créateurs de Jardins, de design
- Les réalisations architecturales ou de design
- Les créations jardinières et paysagères

Le site web du Réseau JAPARCHI permet d’assurer une fonction essentielle de diffusion et de valorisation des informations auprès de l’ensemble des membres du réseau (communication interne) mais également à une échelle plus large auprès d’autres institutions et également auprès d’un public élargi (communication externe). Cette fonction de diffusion et de communication étant bien évidemment primordiale dans le cas de la construction d’un réseau, en particulier dans le cas d’un international, les professeurs et chercheurs impliqués dans ce domaine de l’analyse de l’architecture et de la ville japonaises étant dispersés géographiquement et institutionnellement, tantôt en France et tantôt au Japon (où ils sont encore plus isolés)

Les productions Majeures de JAPARCHI

« Vocabulaire de la spatialité japonaise » 日本の生活空間
CNRS-éditions, 605 p., 2014. ISBN : 978-2-271-08059-2 [5e réimpression]
Grand prix du livre de l’Académie d’architecture 2014

Ce "Vocabulaire de la spatialité japonaise » est le résultat d’un projet ambitieux, porté par le réseau franco-japonais JAPARCHI, qui a réuni de nombreux spécialistes depuis une demi-douzaine d’années pour son élaboration. Se concentrant sur l’espace de la culture japonaise, si fascinante et si particulière, l’ouvrage s’attache à faire partager au lecteur cette culture, par petites touches, sous forme de deux cent courts textes sur les notions clefs de la culture japonaise de l’espace, de l’architecture, des jardins, du pavillon de thé, des temples, sanctuaires shintô et palais autant que des simples hameaux et maisons populaires, ou de la ville dense et des quartiers animés, du mobilier jusqu’aux aménagements du territoire, des origines anciennes jusqu’aux développements les plus contemporains, de l’espace pictural aux avatars de l’urbanité. Soixante auteurs, tous spécialistes du Japon ou Japonais eux-mêmes et attachés à ces questions passionnantes, y ont apporté leur concours. Chacune de ces notices invite le lecteur à découvrir ou comprendre mieux, à visiter sur le terrain les lieux et les monuments, les réalisations ou les dispositifs exemplaires, et lui permet de prolonger sa quête par des indications savamment choisies « pour en savoir plus ». Un ensemble d’index lui facilitent la consultation et conduisent sa recherche. L’ouvrage est abondamment illustré, en couleur et noir : ouvrage de référence, il a été voulu d’un format maniable mais permettant une bonne lisibilité de cette importante iconographie.
Pour plus de détails, voir ici.

Pour un vocabulaire de la spatialité japonaise
Actes du symposium de Kyoto, 11-12-13 mai 2012. Nichibunken (Kokusai Nihon bunka Kenkyû Center) : International Research Center for Japanese Studies, ed., 2013, 230 p.

Dispositifs et notions de la spatialité japonaise
Dir. Bonnin Ph., Jacquet B., Nishida M. 
PPUR, 2014, 364 p.
La publication est, pour l’essentiel, consécutive au colloque inaugural de ce programme, tenu sous le même titre (les 11-14 XII 2008 à Kyoto, au Kyoto Institute of Technology (KIT) avec le soutien de l’Ambassade de France : "Dispositifs et Notions : regards croisés sur les spatialités et temporalités française et japonaise ", dirigé par les Pr. Nishida et Ph. Bonnin), et dont elle constitue simultanément les Actes (11 auteurs /15), avec les quatre textes ajoutés.
Pour la présentation et le sommaire, voir ici.


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