Compétences pédagogiques et besoins éducatifs particuliers : les écoles d’aveugles à l’heure de l’inclusion. Perspective franco-japonaise

samedi 5 décembre 2015
par  SFEJ
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Thèse de doctorat de sociologie soutenue 

par Anne-Lise Mithout 

le vendredi 4 décembre 

à l’Université Paris-Dauphine 
devant le jury composé de :

Nobert Alter, Professeur à l’Université Paris-Dauphine, directeur
Serge Ebersold, Professeur à l’INS-HEA
Christian Galan, Professeur à l’Université Toulouse - Le Mirail
Claude Lévi-Alvarès, Professeur à l’Université de Hiroshima

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Compétences pédagogiques et besoins éducatifs particuliers : les écoles d’aveugles à l’heure de l’inclusion. Perspective franco-japonaise.

Résumé : En France comme au Japon, le système d’éducation à destination des enfants en situation de handicap a connu d’importantes transformations ces dernières années, avec le passage à une logique d’éducation inclusive, privilégiant la scolarisation dans les écoles ordinaires plutôt qu’en établissement spécialisé. Cependant, les établissements spécialisés n’ont pas disparu pour autant et le milieu spécialisé se reconfigure pour s’adapter aux changements. Ces transformations s’inscrivent dans un mouvement allant d’une approche catégorielle du handicap (dans laquelle les différentes catégories médicales de déficiences sont sources de spécialisation) à une approche que l’on peut qualifier, par opposition, de généraliste (dans laquelle les catégories de déficiences s’effacent pour laisser la place à une catégorie unique : celle de « besoins particuliers »). Comment les écoles spécialisées, fondées sur la logique de spécialisation catégorielle, se transforment-elles à l’heure du généralisme ? On étudie plus précisément le cas des écoles d’aveugles, emblèmes historiques de la logique de spécialisation, qui connaissent aujourd’hui une forte diversification des profils de leurs élèves. La démarche comparative franco-japonaise permet ainsi d’éclairer une zone d’ombre du phénomène international de passage à une éducation inclusive. En mobilisant le champ de la sociologie du travail, plus spécifiquement le concept de compétences, on explore les transformations de l’institution spécialisée vécues par ses représentants : les enseignants spécialisés. On montre ainsi, à travers la comparaison, que le travail des enseignants spécialisés dans ces écoles n’est plus principalement fondé sur une expertise de la déficience visuelle mais sur des compétences relationnelles d’adaptation à la diversité des besoins individuels des enfants, dans des conditions d’enseignement en profonde mutation, où la mise en œuvre de ces compétences se fait de plus en plus difficile.
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Pedagogical skills and special educational needs : Schools for the Blind in the days of inclusion. A French-Japanese comparison

Summary : In France as in Japan, the educational system for children with disabilities is undergoing major changes, due to the development of inclusive education, promoting enrollment in mainstream schools rather than special institutions. However, special schools have not disappeared : they are evolving, so as to adapt to changes. These transformations are anchored in a historical process, shifting from a category-based approach of disability (in which different medical categories result in specialized treatments) to an approach that, as opposed to the latter, can be called “generalist” (in which categories of impairments fade into the unified category of “special educational needs”). How do special schools, deeply rooted in the category-based specialized approach, evolve in the days of generalism ? We examine the specific case of Schools for the Blind, embodiments of the specialized approach, now facing a relentless diversification of their students’ profiles. In this French-Japanese comparison, we shed light on some gray areas of the international move towards inclusive education. Using the field of work sociology, especially the concept of “skills”, we explore the transformations of special institutions as experienced by their representatives : special teachers. Through comparison, we show that special teachers’ work in these schools is no longer based on an expertise of visual disability but relies on the use of relational skills, especially involving adaptation to every child’s “special educational needs”, in a context of radically changing teaching conditions, where it becomes growingly difficult to put those skills into practice.