Le récit autoritaire, le thème de la pureté et la place du lecteur dans Yûkoku (Patriotisme) et Honba (Chevaux échappés) de Mishima Yukio

dimanche 13 décembre 2015
par  SFEJ
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Thèse de doctorat de M. Thomas Garcin

soutenue le lundi 7 décembre à l’Université Jean Moulin Lyon 3

sous la direction de Jean-Pierre Giraud
devant un jury composé de :
Yves-Marie Allioux, Maître de Conférences, Docteur d’État HDR, Université Toulouse 2 - Jean-Jaurès
Anne Bayard-Sakai, Professeur à l’INALCO
Jean-Pierre Giraud, Professeur à l’Université Lyon 3 - Jean Moulin
Thomas Lamarre, Professeur à l’Université de Mc Gill
Cécile Sakai, Professeur à l’Université Paris 7 - Diderot

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Récit autoritaire, theme de la pureté et place du lecteur dans Yūkoku (Patriotisme) et Honba (Chevaux échappés) de Mishima Yukio

Résumé
Notre thèse, « récit autoritaire, theme de la pureté et place du lecteur dans Yūkoku (Patriotisme) et Honba (Chevaux échappés) de Mishima Yukio » interroge les rapports entre littérature et idéologie dans deux textes qui sont parmi les plus controversés de l’écrivain Mishima : la nouvelle Yūkoku, qui est parue pour la première fois en janvier 1961, et Honba, le second volume de la tétralogie Hōjō no umi (La mer de la fertilité, 1965-1970) publié d’abord en feuilleton entre février 1967 et août 1968 puis en un seul volume en février 1969. La première partie de notre travail est consacrée à une lecture théorique de Yūkoku et de Honba sous l’angle du « récit autoritaire ». Mettant en scène des héros mythiques dévoués à l’empereur, opposant des personnages purs à des personnages impurs, les deux textes sur lesquels nous nous penchons correspondent schématiquement au genre du récit idéologique tel qu’il a notamment été décrit par Susan Rubin Suleiman dans Le roman à thèse ou l’autorité fictive (1983). Nombreux sont d’ailleurs ceux qui, au Japon comme en occident, ont fortement critiqué la dimension partisane (sinon sectaire) de ces récits. Dans la seconde et troisième parties de notre travail, consacrées respectivement à Yūkoku et à Honba, nous avons montré que ces deux textes sont plus complexes qu’une lecture cursive le laisse penser et qu’ils offrent des réponses originales au défi propre au récit à thèse (ou récit autoritaire) qui consiste à concilier l’idéologie (qui implique la monosémie, le manichéisme, la redondance) avec la littérature (qui implique la polysémie et l’ambiguïté). Le recours singulier et retors aux stéréotypes, les thèmes du nihilisme et du simulacre ou encore la complexité des procédés rhétoriques et manipulatoires présents dans ces textes offrent de nouveaux éclairages et champs de réflexion aussi bien dans le domaine de la théorie littéraire (sur le récit autoritaire) que dans celui des études sur Mishima.

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Authoritarian Fiction, the Theme of Purity and the Place of the Reader in Yūkoku (Patriotism) and Honba (Runaway Horses) by Mishima Yukio

Thesis summary
My thesis, entitled “Authoritarian Fiction, the Theme of Purity and the Place of the Reader in Yūkoku (Patriotism) and Honba (Runaway Horses) by Mishima Yukio”, questions the relation between ideology and literature in two of Mishima’s most controversial works : the short story Yūkoku, first published in January 1961, and the novel Honba, the second volume of Hōjō no umi (The Sea of Fertility, 1965-1970), serialized between February 1967 and August 1968, and published in one volume in February 1969. In the first part of my dissertation, I show that Yūkoku and Honba —by staging mythical heroes devoted to the Emperor, opposing pure and young characters to corrupted ones— schematically correspond to the genre of ideological novel as depicted in the seminal work of Susan Rubin Suleiman on French “roman à thèse” (Authoritarian Fictions, the Ideological Novel as a Literary Genre, 1983). In Japan as in the Western world, many critics have reacted adversely to the biased (if not sectarian) content of these texts. In the second and third parts of my thesis — the former devoted to Yūkoku and the latter to Honba — I unveil the complexity of these texts and show how they also provide original answers to authoritarian fiction’s specific challenge of reconciling ideology (which implies monosemy, manicheism and redundancies) with literature (which implies polysemy and ambiguity). The specific and twisted use of stereotypes, the themes of nihilism and simulacrum, or the complex rhetorical devices present in this text offer new insights in both the fields of literary theory and Mishima studies.