Des Indes lointaines aux scènes des collèges : les reflets des martyrs de la mission japonaise en Europe (XVIe - XVIIIe siècle)

samedi 16 janvier 2016
par  SFEJ
popularité : 24%

Thèse de doctorat,

réalisée en cotutelle entre l’École Pratique des Hautes Études (mention Religions et systèmes de pensée) et l’Université de Fribourg

par Hitomi Omata Rappo

sous la direction des professeurs Olivier Christin et Mario Turchetti
soutenue le mercredi 13 janvier 2016

devant le jury composé de :

M. Olivier CHRISTIN, Directeur d’études, EPHE (directeur de thèse)
M. Mario TURCHETTI, Professeur ordinaire, Université de Fribourg (directeur de thèse)
M. Pierre Antoine FABRE, Directeur d’études, EHESS Paris
M. Pierre-Emmanuel ROUX, Maître de conférences, Université de Paris VII

Résumé de la thèse :
« Des Indes lointaines aux scènes des collèges : les reflets des martyrs de la mission japonaise en Europe (XVIe - XVIIIe siècle) ».

Cette thèse analyse la réception en Europe des évènements survenus au Japon pendant la période de mission, à l’époque moderne. Le discours diffusé dans le monde occidental avait commencé par un certain triomphalisme, incarné par les chrétiens japonais arrivés à Rome en 1585. Or, quand les autorités locales ont proscrit et poursuivi la nouvelle religion, il a évolué vers une rhétorique centrée sur la notion de «  martyr ». Par la suite, cette idée a été activement utilisée pour présenter l’expérience chrétienne japonaise dans l’Europe moderne, et son emploi était intimement lié à la pensée politique et religieuse de l’époque. Les martyrs du Japon ont en outre donné lieu, en 1627, à la première béatification de saints issus des «  Indes  ». Cet évènement, tant pour l’Église, que pour les empires coloniaux ibériques, n’a été rendu possible qu’à travers l’intégration du Japon dans une vision du monde où ses dirigeants persécuteurs sont considérés comme des tyrans, et non pas comme de simples sauvages. La transmission de ces conceptions dans le Vieux Continent a également pris des formes concrètes, avec les tableaux, sculptures et gravures, ou encore la littérature et le théâtre. Dans les pièces jésuites, l’Archipel devient en effet un thème d’un genre destiné à l’édification publique. Tout cela a contribué à créer un Japon imaginaire, qui s’est par la suite largement imposé dans les esprits. Cette thèse montre que les martyrs japonais ne peuvent être circonscrits à l’histoire de l’Église ou des ordres missionnaires, mais qu’ils ont contribué à la construction de la culture européenne, en particulier dans sa perception de sa place dans le monde.