Circulations transnationales et transformations de l’action publique

mercredi 7 juin 2017
par  SFEJ
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Circulations transnationales et transformations de l’action publique

La mobilisation des sciences comportementales dans la politique énergétique japonaise (2010-2016)

Thèse de doctorat soutenue
le mardi 20 juin 2017
à Sciences Po Lyon

par Benoît GRANIER

devant un jury composé de :
- Monsieur Mathieu BRUGIDOU, chercheur HDR à EDF R&D, associé à PACTE (co-directeur de thèse)
- Madame Sophie DUBUISSON-QUELLIER, directrice de recherche CNRS au CSO
- Monsieur Patrick HASSENTEUFEL, professeur des universités à Sciences Po Saint Germain-en-Laye (rapporteur)
- Madame Yveline LECLER, professeure émérite des universités à Sciences Po Lyon (directrice de thèse)
- Monsieur Renaud PAYRE, professeur des universités à Sciences Po Lyon
- Monsieur Bernard THOMANN, professeur des universités à l’INALCO (rapporteur)
La soutenance est publique et sera suivie d’un pot auquel vous êtes chaleureusement convié-e-s. Pour des raisons de sécurité et d’organisation, je vous remercie de bien vouloir m’informer de votre participation par mail (benoit.granier@ens-lyon.fr).

Résumé de la thèse :
Le changement des comportements individuels s’est récemment imposé comme un objectif majeur pour l’action publique, qui mobilise dans cette optique de nouveaux savoirs de gouvernement : les sciences comportementales. Ces savoirs sont employés de manière explicite et croissante dans la politique énergétique du Japon pour réduire la consommation d’énergie des ménages, dans un contexte marqué par l’accident nucléaire de Fukushima et la libéralisation des marchés de l’énergie. Cette thèse examine les facteurs explicatifs et les modalités concrètes de cette transformation significative dans un domaine jusque-là dominé par une approche techno-économique prêtant peu attention aux comportements. Notre analyse associe des perspectives théoriques et méthodologiques issues de la sociologie de l’action publique et des études sur les transferts de politiques publiques pour retracer la genèse et la mise en oeuvre de deux expérimentations : celle des réseaux électriques « intelligents » dans les Smart Communities et celle des nudges et des Home Energy Reports de l’entreprise étasunienne Opower. La conduite d’environ quatre-vingt entretiens semi-directifs et l’examen de nombreuses sources écrites ont mis en évidence la place centrale des circulations transnationales dans l’élaboration et la conduite de ces programmes et plus généralement de la politique énergétique de l’archipel.
Nous défendons la thèse que la mobilisation des sciences comportementales dans la politique énergétique japonaise résulte d’une multiplicité de facteurs qui questionne l’opposition entre des changements de nature soit endogène soit exogène, et la distinction entre facteurs domestiques et facteurs extranationaux. Le recours à ces savoirs de gouvernement s’explique en effet par la capacité d’un petit groupe d’acteurs programmatiques japonais à introduire dans la politique énergétique des sciences et des instruments originaires de l’étranger, en réponse à des enjeux spécifiques au Japon. Notre analyse microsociologique des stratégies de ces acteurs invite à une endogénéisation de l’explication du changement intégrant les facteurs exogènes et les dynamiques extranationales. La mobilisation des sciences comportementales dans la politique nippone résulte indissociablement de l’essor de ces savoirs dans la recherche et l’action publique aux États-Unis et en Europe, des stratégies d’acteurs transnationaux, étasuniens et japonais, et de la prégnance des enjeux climatiques et énergétiques sur l’archipel. Nous suggérons par ailleurs que les États-Unis sont au coeur de la circulation des sciences comportementales dans le domaine de l’énergie, et que le recours à ces savoirs dans l’action publique s’explique par, outre leur succès académique, leur dimension « pratique » et « consensuelle ».


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