Glossaire de mésologie

mercredi 21 février 2018
par  SFEJ
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Glossaire de mésologie

Augustin Berque

12 x 17 cm ; 48 p. 978-2-37672-006-5

Extrait de la Préface

« Mésologie » – du grec meson, milieu, et logos, discours, science – est un mot créé par le médecin Charles Robin (1821-1885), qui le présenta le 7 juin 1848 à la séance inaugurale de la Société de biologie, en tant que science des milieux. La première édition du Petit Larousse, en 1906, le définissait comme « Partie de la biologie qui traite des rapports des milieux et des organismes ».

Robin était un disciple direct d’Auguste Comte. Il entendait la mésologie comme une science positive, dont le champ était très vaste, car il correspondait à celui dont traitent aujourd’hui l’écologie, la physiologie, l’anthropologie et la sociologie ; champ trop vaste pour une seule science positive, ce qui explique que la mésologie, après avoir connu de belles années au XIXe siècle, s’est étiolée jusqu’à disparaître des dictionnaires au XXe siècle.

La principale raison de ce déclin fut l’essor de l’écologie, née plus tard – c’est en 1866 que Haeckel introduit en allemand Ökologie, qui pénétrera en français en 1874 –, mais dont le champ était mieux défini. Une raison corrélative fut que le mot mesology n’existant pas en anglais, les progrès de la nouvelle science dans le monde anglophone furent accomplis en tant qu’ecology, et par conséquent furent aussi connus en France en tant qu’écologie, non pas en tant que mésologie.

Or tandis que la mésologie disparaissait du champ académique en France, elle renaissait en Allemagne, mais sous un nouvel éclairage, dans les travaux du biologiste germano-balte Jakob von Uexküll (1864-1944 ; prononcer ükskül), l’un des fondateurs de l’éthologie et le précurseur de la biosémiotique.

Le nouvel éclairage apporté par Uexküll peut être qualifié de phénoménologie herméneutique. Il s’agissait de considérer les êtres vivants (en pratique, surtout les animaux) non plus comme des machines mais comme des machinistes, c’est-à-dire non pas des objets mais des sujets, sujets qui interprètent le donné environnemental d’une manière propre à leur espèce, lui conférant ainsi une signification particulière, et se comportant en fonction de cette signification (Bedeutung). Ainsi le naturaliste, au lieu d’étudier une mécanique de stimulus-réponse, comme le béhaviorisme, devait pénétrer cette signification pour la définir de l’intérieur, c’est-à-dire du point de vue propre au sujet étudié.

Uexküll introduisit ainsi une distinction fondatrice entre l’environnement (Umgebung) et le milieu (Umwelt). L’environnement est un donné brut et universel, considéré dans l’abstrait par le regard de nulle part de la science moderne, donc valable en principe tel quel pour tout être vivant, tandis que le milieu est une réalité concrète et singulière, valable seulement du point de vue de l’être considéré, et en couplage dynamique avec la constitution de cet être.

Cela revenait à établir la mésologie comme science des milieux (Umweltlehre), tandis que l’écologie est la science de l’environnement. [...]