Préserver la santé des armées dans le Japon moderne. La médecine militaire face à la guerre russo-japonaise

mercredi 23 mai 2018
par  SFEJ
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La thèse intitulée

"Préserver la santé des armées dans le Japon moderne. La médecine militaire face à la guerre russo-japonaise"

a été soutenue le samedi 16 décembre 2017
à l’Université Paris Nanterre par

Ken DAIMARU

devant un jury composé de :

Annette Becker (Université Paris Nanterre)
Christian Goeschel (Université de Manchester)
Emmanuel Lozerand (Institut national des langues et civilisations orientales)
Michael Lucken (Institut national des langues et civilisations orientales)
Alessio Patalano (King’s College de Londres)
Anne Rasmussen (Université de Strasbourg)
Naoko Shimazu (Birkbeck, Université de Londres, Yale-NUS College)

Résumé de thèse :

Cette thèse consiste à interroger les expériences de la guerre russo-japonaise (1904-
1905), grâce au rapprochement de deux objets historiques : l’histoire de la guerre et
l’histoire de la médecine. Son objectif est de documenter et d’analyser l’organisation
du Service de santé de l’armée impériale japonaise et les pratiques médicales qui en
découlent au tournant du vingtième siècle. En examinant la professionnalisation de la
médecine militaire pendant l’ère Meiji (1868–1912) et son implication pendant le
conflit de 1904-1905, il s’agit de comprendre la production culturelle des discours, des
objets et des images liées aux maladies et aux blessures de guerre. Cette analyse
repose sur les regards croisés des différents acteurs (Japonais et observateurs
internationaux) sur le corps blessé et malade, que les atteintes soient physiques ou
psychiques. Les résultats montrent comment le bouleversement sur le champ
de bataille, induit par l’augmentation de la puissance de feu et la réorganisation
tactique et stratégique suscitée par cette dernière, est aussi le pendant d’une
médicalisation des activités combattantes, de la recherche militaire et de la production
d’expertises. Le paradigme du « combat aseptique » et le succès de la lutte contre les
maladies servent à légitimer le rôle de la médecine dans les armées. Par ailleurs, la
transformation des formes de violence de guerre accentue aussi la fragilité des
médecins sur le champ de bataille, où les effets de l’industrialisation progressent. À
l’épreuve de la professionnalisation, de la spécialisation et des pratiques individuelles,
cette thèse discute les apports et les limites des stratégies adoptées par les médecins
japonais pour préserver la santé des armées face à la violence de la guerre industrielle.

Mots-clés : Armées – Services médicaux et sanitaires, Histoire du Japon, Guerre
Russo-Japonaise (1904-1905), Circulation internationale des experts et des savoirs,
Histoire du corps, Photographie médicale

Abstract :

This thesis provides new insights into the experiences of the Russo-Japanese War
(1904-1905), by bringing together two historical objects of inquiry : the history of
warfare on one side and the history of medicine on the other. Its purpose is to
document and understand the organization of the Imperial Japanese Army Medical
Bureau and the medical practices that unfolded within it at the turn of the twentieth
century. Focusing on the creation and the institutionalization of the care of the war
wounded and sick during the Meiji era (1868-1912) and its implications for the
conflict of 1904-1905, this thesis highlights the institutional and social dynamics of
military medicine and the cultural production of discourses, objects and images related
to war diseases and wounds. Our theoretical framework articulates the entanglement of
the various actors’ perceptions (Japanese and international observers) on the wounded
and/or diseased body. Our results show how the transformation of the battlefield,
induced by increased firepower and the resulting tactical and strategic reorganization,
was also a driving force for the medicalization of combat activities, military research
and the production of expertise. These processes reshaped the paradigms of combat
aimed at maintaining the competitiveness of the military, that the success of preventive
medicine serves to legitimize. They also accentuate the fragility of the army and the
structure of medicine on the battlefield, which were under increasing stress due to the
rapid progress of industrialization. The professional specialization and individual
practices observed during the war lead us to discuss the benefits and limits of the
strategies adopted by Japanese military surgeons to resist the increasingly destructive
realities of modern warfare.

Keywords :
Army – Medical and sanitary services, History of Japan, Russo-Japanese
war (1904-1905), International Circulation of Experts and Ideas, History of body,
Medical photography