Formes et enjeux politiques de la musique populaire dans le Japon des années 1970 jusqu’à aujourd’hui

vendredi 23 novembre 2018
par  SFEJ
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La thèse intitulée :

Formes et enjeux politiques de la musique populaire dans le Japon des années 1970 jusqu’à aujourd’hui : arrangements stratégiques des artistes femmes engagées

a été soutenue
le 23 novembre à l’Université Lyon 3

par Chiharu CHUJO

devant un jury composé de :
Madame Claire DODANE, Professeure des Universités, Université Jean Moulin Lyon 3 (Directrice de la thèse)
Madame KOBAYASHI Midori, Professeure émérite, Kunitachi Ongaku Daigaku (Rapporteure)
Madame Christine LEVY Christine, Maîtresse de conférences, Université Bordeaux Montaigne (Rapporteure)
Madame Paloma OTAOLA, Professeure des Universités, Université Jean Moulin Lyon 3
Monsieur Philippe PELLETIER, Professeur des Universités, Université Lumière Lyon 2
Monsieur YATABE Kazuhiko, Maître de conférences, Université Paris Diderot - Paris7

Résumé :
La figure de la chanteuse populaire reflète au Japon la réalité de la condition féminine dans ce pays. Alors que l’archipel a traversé, à l’instar de la France ou des États-Unis, une période marquante des mouvements féministes, qui généra une timide amélioration de la place des femmes dans la société, la majorité des Japonaises est toujours aux prises avec une norme sociale qui leur demeure ingrate et défavorable : selon le rapport du « Forum économique mondial sur les disparités entre les sexes » publié en 2017, le Japon se situerait en terme d’égalité des sexes au 114e rang sur 144 pays. Derrière cette réalité, c’est avec une notion du genre hypernormée et bien ancrée dans la société que les Japonaises sont contraintes de composer, quel que soit leur milieu d’origine. Dans le monde de la musique populaire japonaise, cette norme sociale régissant les représentations féminines se répercute sur la posture de bien des chanteuses, soit dans l’immaturité naïve renvoyant à la vulnérabilité, soit dans une certaine magnanimité fondée sur la maternité, ces deux attitudes n’étant pas nécessairement incompatibles. Là où nombre de leurs homologues d’autres styles musicaux intériorisent ce carcan social, certaines idoles féminines se montrent particulièrement représentatives de ce phénomène.

Depuis le 11 mars 2011, la société nipponne a vu grossir les rangs de ses artistes opposés au nucléaire, non sans alimenter la réflexion sur les rapports entre musique et politique de celles et ceux qui s’interrogent sur les postures engagées des musiciens. Il est cependant à souligner qu’en la matière, les artistes de sexe féminin attirent nettement moins l’attention publique. Malgré une large participation des femmes aux mouvements antinucléaires depuis la catastrophe de Fukushima, les chanteuses et musiciennes engagées semblent souvent être reléguées à un moindre rang par rapport à leurs confrères masculins. Cette méconnaissance de l’engagement des musiciennes et cette rupture entre la société civile et le monde musical populaire s’expliquent par — tout autant qu’ils sont liés à — la condition des femmes dans une société obstinément patriarcale. Si un tel état de choses ne soulève pas, du moins à l’heure actuelle, une opposition radicale chez les artistes, il se développe toutefois chez elles des stratégies, des arrangements qui leur assurent une place, une visibilité aux yeux de la société.

Notre étude examine la situation contemporaine des artistes femmes et leur posture en tant que musiciennes engagées à travers l’analyse de leur expression artistique, en lien direct avec le contexte social et sociétal où celle-ci s’inscrit. Le cadre temporel choisi s’étend des années 1970, lorsque surgissent au Japon les mouvements de libération des femmes, à nos jours — et plus précisément à la période post-Fukushima, qui voit la participation des femmes aux mouvements sociaux du pays se faire plus saillante. Le cœur de nos recherches portera plus particulièrement sur la caractérisation des musiciennes engagées et de leurs postures dans le Japon des années 1990 à ce jour, révélant la possibilité pour les femmes japonaises, désormais, d’une pluralité de positionnements selon leur milieu social et économique d’appartenance.

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