Nous avons le plaisir de vous convier à la troisième séance du séminaire du groupe Éducation, enfances et société en Asie orientale (EESAO) de l’IFRAE, qui se tiendra vendredi 13 mars 2026 à l’Inalco (Maison de la Recherche, salle L0.01), de 14h à 17h.

La séance se déroulera en présentiel avec une participation possible en distanciel (lien Zoom sur demande). 

Nous accueillerons deux intervenant.e.s autour de la thématique « Politiques éducatives en Chine et à Taïwan : fabriquer des notes, fabriquer des élites ».

Siyu LI, maîtresse de conférences, université Aix-Marseille
« Le gaokao comme chaîne de production : infrastructures de mesure et transformation des écoles en “usines à examens” »

Cette présentation analysera la transformation progressive des écoles chinoises en véritables « usines à examens » sous l’effet de la numérisation du processus de correction du gaokao 高考, l’examen national d’entrée dans l’enseignement supérieur. 

À partir d’un matériau ethnographique multisites, elle montrera comment les systèmes de numérisation, de scan et de notation standardisée réorganisent les établissements autour d’une logique de production en flux tendu. Et comment l’introduction d’infrastructures de mesure, telles que les plateformes de digital scoring, redistribue les rôles professionnels, réduit l’autonomie enseignante et intensifie les formes de surveillance interne. En parallèle du fait que ces technologies renforcent les inégalités entre établissements selon leur capacité à maîtriser l’infrastructure matérielle et cognitive des examens. 

En examinant de près la fabrication des notes, cette présentation mettra au jour les mécanismes sociotechniques et politiques qui soutiennent l’objectivité apparente du gaokao, et interrogera les tensions entre justice, efficacité et contrôle dans les régimes contemporains de quantification éducative.

Ting-Huang TAI, docteur en sociologie, Institut des sciences sociales du politique (ENS Paris-Saclay)
« Éduquer les élites scientifiques ? Construction des politiques éducatives à destination des lycéens intellectuellement précoces à Taïwan »

Le statut et la signification de la gifted and talented education varient considérablement selon les systèmes éducatifs. À Taïwan, l’expression gifted and talented a été traduite en mandarin par tzu-fu yu-yi 資賦優異 et définie dans une loi promulguée en 1984. Ce terme désigne les enfants présentant soit une « potentialité exceptionnelle », soit des « résultats scolaires remarquables », recouvrant ainsi l’idée de haut potentiel et celle de sa concrétisation scolaire. 

Pour comprendre pourquoi l’éducation des enfants intellectuellement précoces (EIP) constitue une offre scolaire à la fois prestigieuse et contestée dans le contexte taïwanais, cette présentation s’intéressera à son institutionnalisation, en mobilisant des archives, des entretiens avec des enseignants et des statistiques scolaires. 

Dans un premier temps, l’analyse montrera que la politique éducative des EIP repose successivement sur plusieurs principes de justification. Et dans un second temps, que la classe EIP constitue une filière élitiste et sélective au sein de l’enseignement secondaire taïwanais, en raison de facteurs démographiques, scolaires, curriculaires et institutionnels. Cette double analyse, génétique et systémique, permettra de saisir la position distinctive de cette filière dans un système éducatif national.

Le calendrier des séances et le résumé des prochaines interventions figurent dans le programme en pièce jointe ainsi que sur le site du groupe : https://eesao.hypotheses.org/5451.