Le 31 juillet 2026, à 11h, Madame Hitomi Omata Rappo (MCF, université préfectorale de Nara) donnera une conférence intitulée : « La fabrique européenne des saints japonais La canonisation des martyrs de Nagasaki et sa médiatisation au milieu du XIXe siècle ». La présentation, organisée dans le cadre du programme CRCAO « l’Asie orientale au regard des sources des Missions étrangères de Paris (XVIIe-XXIe s.) », se tiendra à la Maison de l’Asie (EFEO), mais pourra être suivie en ligne via Zoom sur inscription.
Bien cordialement,
Martin Nogueira Ramos

Résumé
En 1862, les vingt-six martyrs de Nagasaki (1597) sont canonisés à Rome sans aucune participation japonaise. Cette communication analyse les images produites à cette occasion, en France en particulier, en interrogeant la manière dont le concept de martyre a été mobilisé et transformé.
Au XIXe siècle, la notion de martyre connaît une profonde sécularisation. Dans l’Italie du Risorgimento, les victimes de la répression politique sont célébrées comme des « martyrs de la patrie » ; le sacrifice pour la nation se substitue à celui pour la foi. Face à cette désacralisation, le Saint-Siège, affaibli par la perte de ses territoires, cherche à réaffirmer son autorité exclusive sur la définition du « vrai martyre ». La canonisation des martyrs japonais vise, entre autres, cet objectif.
À la fois protectrice militaire du pape et puissance missionnaire en Asie, la France, à travers les médias populaires, tels que l’imagerie d’Épinal et les publications illustrées, véhicule une image sensiblement différente de celle des sources pontificales. On y observe la présence de soldats français et une confusion des représentations est-asiatiques révélant les projections françaises sur un Orient fantasmé.
L’image ancienne du Japon, « pays des martyrs », se recompose au croisement de la réaffirmation de l’autorité pontificale et de sa diffusion dans les médias français.
